Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /Oct /2008 20:05

Une dernière page. Une page d'amour. J'écris que le soleil rose Rise dans le ciel. J'écris. La terre est rouge et deviens ocre, et deviens or. Une nuit de répit. Une nuit douce. Sans vent. Sans risque. Sans bruit. Au lever, un troupeau de vaches envahit le champs. Elles passent, elles paissent ce qui reste de la récolte morte cette saison. J'écris que la terre penche pour laisser apparaître le soleil rose. Le lac, aux aurores, s'est remplit de brume. 

 

J'entends les oiseaux. J'entends l'eau que l'on puise dans le Tanka. J'entends le vent se lever, les feuillages frissonner et les jours qui passent.

Et les jours qui passent. Le silence du matin, et celui de la journée, du soir et de la nuit. Le Kalla Chaï brûlant. Cardamome et poivre noire. Le feu, une allumette suffit. Je l'allume,  je souris. Je monte sur le toit. L'air est encore frais de la nuit. Le matin est beau. Le matin est d'une beauté insolante. Et chaque matin est d'une beauté égale au matin précédent. Ce matin là pourtant, sur le toit de la maison, la beauté est supérieure, la beauté est surprenante; elle me prend comme pour la première fois. Elle m'arrache à la réalité. Elle me fait rêver. Assis sur le toit, fumant la première cigarette du jour, je contemple la supériorité de cette beauté là. Je la contemple et la mesure, et je me dis à l'intérieur de moi, que nous avons réussit, et je souris.

 

La chaleur monte doucement. La mousson change. Les nuits deviennent fraîches de nuit en nuit. L'hiver s'installe par la nuit. L'été résiste. Le jour, il résiste, et la chaleur monte doucement et nous suivons l'inclinaison des ombres. Sur la chaume du toit de la Juperie, je vois les oiseaux. Ils ne tarderont pas à y installer leurs nids. Les saisons se répètent comme les airs d'une cantate. Toujours différemment chantées et pourtant toujours justes. Parfois le vent est un instrument. Parfois les hommes chantent. Bhura chante. Dans sa voix j'entends toute la souffrance du monde. Dans sa voix j'entends l'amour d'un homme simple quand l'amour n'est jamais simple. J'entends racler la Paola sur le sol et j'entends le sol se déverser dans le Tagari. Je vois cet homme tombé d'amour, le regard posé, le regard glisser. Je vois cette femme, son regard esquissé, le sourire maintenant posé sur des lèvres rieuses. Je voix tout ça dans la voix de Bhura. Et Bhura chante, et Lilu chante et les hommes chantent. Un chant d'amour car ici l'amour se chante.

 

Ce soir, la lune est rousse. Les étoiles, je crois, n'ont jamais été aussi nombreuses. Toutes, elles semblent briller comme un soleil lointain. La nuit est noire sans doute, mais la nuit est passagère. Il y a du feu dans le ciel de la nuit, du feu dans le foyer de la rasoi, du feu dans les yeux. Le feu est partout. Il me brûle. Il me prend comme un seul homme. Il me tiraille, il me blesse. Il voudrait me faire plier mais je reste droit. Je ne plie pas. Mes yeux pleurent. Les larmes tombent mais le corps reste droit. Plus droit qu'il ne l'a jamais été. Ce soir, je suis l'homme droit. Ce soir je suis indien pour la première fois et sans doute le serai-je pour le restant de mes jours. Ce soir, la lune est rousse.

 

Dans les yeux, les larmes. Le corps congestionner de douleur. Sur les peaux cuivres les larmes tombent. Sur les joues claires les larmes coulent. Dans le silence, nous pleurons ensemble. Nous pleurons de nous être aimés si fort, si bien. Et quand les regards se tiennent, aux travers des visages déformés du chagrin, nous voyons en l'autre ce que l'autre a mis en nous. Et nos yeux pleurent et le coeur se tend, et l'homme est là. Il est grand. Sa force, incommensurable, me donne et l'espoir et l'envie de vivre. Longtemps. Et je souris. Je souris des yeux, je souris du coeur, de tout mon être je souris. Et enfin, je souris de me voir rire à coeur joie.

 

 

 

 

Je me trouve dans le Delhi-express. La voiture dans laquelle je suis est presque vide. Les vitres sont grandes ouvertes. L'air qui s'engouffre dans le compartiment est chaud et mêlé de sable et de poussière. Les ventilateurs ne nous aident pas en brassant l'air déjà chaud dans le compartiment brûlant, pourtant il tourne et nous le laissons tourner. Sur la banquette, en face de la mienne, est assise une jeune américaine. Nous roulons depuis une heure et la jeune américaine n'a pas ôté ses lunettes de soleil même lorsqu'elle écrivait sur son carnet, même lorsque la lumière est devenue supportable. Je la regarde regarder le paysage. Elle porte une chemise en lin à manche longue et un pantalon-pyjama bouffant qui lui tombe aux chevilles. Il y a un peu d'indien dans la tenue. Elle a sûrement acheté ses vêtements en arrivant à Delhi ou dans une des villes qu'elle a traversé. Plus je la regarde et plus je la trouve belle et tellement américaine.

 

Nous entrons dans une gare. Le train ralentit. La voix d'un vendeur de chaï me parvient puis s'amoindrit à mesure que le train avance. Les voix des voyageurs sont prêtes à nous rejoindre. Les bagages que l'on pousse et que l'on traîne. Les enfants-cireurs et les enfants-répareurs. J'entends les bruits du train, j'entends les freins, les portes que l'on ouvre, les fenêtres que l'on baisse, j'entends la gare et son vacarme de gare. J'entends tout cela lorsque la jeune américaine se tourne vers moi et, ôtant ses lunettes, me demande, where are you from? Je lui répond que je suis français. Where in France? Je suis de Paris. Oh cool, I've been in Paris one time, but only for one day. C'est un peu court pour Paris, et vous, d'où êtes vous? America, Mississipi You know Mississipi? Oui je vois où ça se trouve.

 

Des voyageurs font irruption dans le compartiment. Un homme âgé me fait signe qu'il occupe la banquette du bas, de mon côté. Un autre homme, d'une quarantaine d'années, s'affaire à ranger sa valise sous la banquette de la jeune américaine. Le train sonne une première fois. La jeune américaine est occupée à éviter le regards des nouveaux arrivants. La tête tournée vers la fenêtre, les yeux absents, ailleurs, les cheveux remontés et attachés sur le haut de sa nuque pour découvrir tout son visage. Puis le train sonne une seconde fois et redémarre. Les hommes sont assis, l'homme âgé à mes côtés, l'autre à la droite de la jeune américaine.

 

Comment était Jaisalmer? Elle se retourne vers moi, elle sourit. Oh, Jaisalmer was so great. I like this city. And the people were so nice. It was great. Well I've been traveling in others cities; Delhi, Agra, Pushkar, Udaipur, and everywhere i've been the people was always looking at me, you know, i am walking in the street and i can feel ten or twenty people looking on me, or sometime i am just sitting in one place and someone is sitting in front of me and staring at me, like that... for hours! It's so weird you know. But in Jaisalmer, the people were so nice, nobody was looking at me, I could walk in the street and nobody looked at me... It was really nice. And the city is beautiful, and i've been in the desert for "the camel safari thing" you know... It was fantastic. The ride on the camel, the food and we slept on the floor, whoaw, the stars in the night, i never see so much stars in my life. And in the morning the camel drivers come to wake you up with a cup of Chaï, oh, it was so sweet. Well i stayed only two days and one night but it was really nice.

And you how long you stayed in Jaisalmer?

Je suis resté un an. One year! One-year? Oui, un an. Whoaw. Great. But what have you been doing for one year in Jaisalmer? J'ai réalisé un rêve. You realized your dream!? Whoaw, that's so great, I can't believe it, what kind of dream? J'ai acheté un terrain dans le désert. J'y ai construit une maison, j'en ai fait une ferme et j'y ai bâti de petites maisons dans la tradition des villages alentours afin d’y accueillir les voyageurs. Et j'ai construit ce rêve avec mes frères de Jaisalmer. That's awesome! That's great! Whoaw! And now you're leaving... That's sad. Oui c'est triste. Mais je suis heureux.

When will you come back?

Je fais un signe de négation de la tête.

You’re not gonna come back!? Never!?

Le même signe de tête.

That's... That's so mysterious. But it's great! Whoaw!

 

Son regard est attaché au mien. Elle ne semble pas s'en apercevoir. Le paysage, dans les fenêtres, est un décors filant.

 

Don't you feel curious? I mean, will you not feel curious to know what happen there?

Si, bien sur que je suis curieux, et je le serai de plus en plus, mais c'est ainsi. J'ai réalisé mon rêve. Maintenant ce rêve doit se poursuivre parmi les gens qui l'ont rêvé avec moi. Car maintenant ce rêve, c'est le leur.

 

Le train file à grande allure. Je me lève et me dirige vers le fond du wagon. Sur la plate forme d'inter-voiture, les portes sont grandes ouvertes. L'air est plus respirable. Moins poussiéreux. Un peu plus frais. Dans mon paquet de tabac, je prends le join que j'avais préparé avant le départ. Je l'allume et je fume. La plaine est vaste sous mes yeux. Je la regarde s'étirer. Au bout, il y a un soleil. Ce soleil là est d'une rondeur parfaite. Il a la couleur d'un désert chaud, à la fois terre, à la fois feu. Le ciel, ne semble être ciel que pour souligner la beauté de ce soleil là. Dans mes oreilles, une musique se joue. C'est Lakmé, l'opéra de Léo de Libes. Alors que l'air des clochettes se joue pour moi seul, fumant un join à la porte d'un train, je vois ce soleil courir sur l'horizon, courir comme le font les gens restant dans les gares, courir jusqu'au bout du quai, jusqu'à ne plus se voir, pour un dernier au-revoir.


Par Adagio
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Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /Oct /2008 16:46

Dear bloggers,
 

Some of you knows me for a long time, some of you only met me recently or for a short time, but everybody is aware of my travel in India.
It's been one year now i left my country. I came to India without any plans, only with memories of my former trip, only with a feeling: Beeing on the road again, beeing free. I left my sweet and "not so comfortable" parisian life to an unpredictable and excited life through India, through Rajasthan. Finally i decided to settle down in Jaisalmer, a city that i couldn't get rid of my mind for five years.


Jaisalmer is located in the far west of Rajasthan, right in the middle of nowhere, right in the middle of the desert.In this desert, the desert of Thar, i changed my life. 25 km from the city, only half an hour by rickshaw, isolated and located on the rocky shore of a lake, my dream came out from the earth.With my Jaisalmeri friends, we built my house on a farming land and made into beeing few traditional houses on the desert Dani model, in respect for the desert and it's life style.
 

I am proud of what we made all together and this is not pretentious of me to claim this pride. I am proud of my friends. This dream couldn't has been fulfilled without them, without their energy at work and most of all, without their confidence in me. At the beginning they knew me only as a stranger, a tourist. Then they accepted me as a friend, and finally they trusted me as a member of their family.
 

During one whole year, i've learn a lot of thing, but the knowledge which will remain forever, which makes me feel better, stronger and also which impressed me a lot and still now, this knowledge is made of trust in each other and basically the trust between strangers. We call this knowledge confidence, and this knowledge gives me hope.


This Dani has been made to welcome the people who travel around India. They will feel happy in this place. They will feel happy because, first of all, this place is wonderful. They'll also feel good because when we travel through India, there is always a time to look for a peaceful place. And that's the place. Dharti Dani is this place. Rural in his way of life, natural in his location. And cultural, because staying in the farm, will provide the travelers to the knowledge and the experience of living in the desert among the people of the desert.


Dear bloggers, i hope you will come to visit us and be a part of this dream. I also need your help to promote my project. If you have some friends or relatives who plan to come in India, and specially in Rajasthan, please, give them my contact, mail or telephone, and explain them what this place is about. I also attach a visit card of Dharti Dani, so it will be easy for you or your friends to come to us.
 

I wish all of you a good day, a good trip, i hope to see you soon in my desert,


Best regards,


Ben


-Dharti Dani-


Ben email: ben_romain@hotmail.com
Booking in India: 0091-9928112894

 

 


Chers blogeurs,

 


Certains d'entre vous me connaissent depuis longtemps, certains depuis peu ou le temps d'une rencontre, mais tous avez connaissance de mon voyage en Inde.
Cela fait maintenant un an que j'ai quitté mon pays. Je suis venu en Inde sans avoir de projet, seulement des souvenirs, ceux de mon précédent voyage, et aussi un sentiment: Le sentiment de retrouver la route, le sentiment de retrouver la liberté.J'ai quitté mon "chez moi" et ma vie parisienne aléatoire pour une vie d'aventure et d'incertitudes à travers l'Inde, au travers du Rajasthan. Finalement, je me suis installé à Jaisalmer, une ville dont le souvenir m'a hanté durant mes cinq années d'entre voyage.
 

Jaisalmer est située dans le grand Ouest du Rajasthan, au milieu de nul part, au centre du désert.Dans ce désert, le désert du Thar, j'ai changé de vie.A 25 km de la ville, à seulement une demi-heure en rickshaw, isolé et situé sur le rivage rocheux d'un lac, mon rêve a prit forme.Aidé de mes amis Jaisalmeri, nous avons construis ma maison sur une terre à cultiver. Nous avons aussi bâtis de petites maisons traditionnelles sur le modèle des Dani du désert et dans le pur respect de l'environnement et du mode de vie des villages alentours.
 

Je suis fier de ce dont nous avons construit ensemble, je suis fier et cela n'est pas une prétention de ma part que de l'affirmer. Je suis fier de mes amis. Ce rêve n'aurait pu trouvé de réalité sans eux, sans leurs énergies, sans leurs ardeurs a la tâche et plus que tout, sans leurs entière confiance en moi. Nous avons commencé, je n'était qu'un étranger, un simple touriste. Puis, la confiance s'est installée, je suis devenu un ami. Enfin, aujourd'hui, nous formons une famille.


Durant cette année, j'ai appris des tas de choses, mais la connaissance la plus importante, la plus déterminante, celle qui me fait être plus fort, plus sur; celle qui me rend meilleur et qui me surprend encore, cette connaissance est faite d'une confiance inaltérable. Une confiance rare et qui mène vers la croyance en l'autre. On appel ce savoir, l'altruisme et ce savoir a su me redonner espoir.
 

Ce Dani a été conçu pour accueillir les voyageurs de l'Inde. Ils seront heureux de séjourné dans cette ferme. Ils seront heureux d'abord parce que c'est un lieux d'une rare beauté. Ils trouveront leur place et leur bonheur car je sais, en ayant voyager à travers ce pays, que l'on est heureux de trouver sur sa route un lieux paisible et hors du temps. Dharti Dani est ce lieu. Rural, naturel et aussi culturel car en séjournant dans la ferme, les voyageurs auront tout loisir d'apprendre à vivre dans un désert et d'acquérir cette expérience parmi ceux qui l'habitent.
 

Chers blogeurs, j'espère que vous aurez l'occasion de nous rendre visite et de participer, et de vous associer à nous pour que ce rêve se prolonge. J'ai aussi besoin de votre aide afin de promouvoir ce projet. Si vous avez des amis ou des proches qui ont l'intention de se rendre en Inde et plus particulièrement dans la région du Rajasthan, je vous serai gré de les en informer, ainsi que de leurs transmettre mes coordonnées mail et téléphonique. Je vous envoie également attaché à ce mail, la carte de visite de Dharti Dani, il sera donc plus simple pour vous et pour vos amis de nous joindre et nous rejoindre.

 
Je vous souhaite à tous et à toutes une excellente journée, un bon voyage pour les chanceux encore sur les routes et souhaite vous accueillir prochainement dans mon désert.

En attendant de vous revoir,

 
Mes pensées vont vers vous,


 
Ben

 
-Dharti Dani-


Ben email: ben_romain@hotmail.com
Réservation en Inde: 0091-9928112894



Par Adagio
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Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 14:49

Eclipse est mort. La mer hurle. Bhura m'a appelé pour me le dire. Il est mort dans la nuit, vers 2 heures du matin. Seul.

Il n'a pas cesser de pleuvoir. Ce matin il pleut encore, et la mer hurle, et je reste sourd, et je reste coi face aux hurlements de la mer. J'aurai envie de hurler moi aussi, et plus fort encore. A en perdre la voix, je pourrai hurler. Je ne dis mot. Je reste muet, pas un son ne sort. La mer hurle, ma voix n'y changera rien, Eclipse est mort, rien ne le ramenera à la vie, et mon chagrin, dans les vagues hautes, se perd, emporter au loin, dans les embruns, dans le ressac de la mer et son vacarme, et son existence, et ma contemplation de son existence. Je regarde la mer avec insistance. Je la regarde me défier. Je la regarderai infiniment me défier, cette mer qui me ramène à la raison et au bonheur d'être vivant et d'aimer et de pouvoir aimer les morts comme on aime les vivants, pour les rendre à la mort, et seulement à la mort, libres et aimés.

La mer hurle et frappe sa colère sur les rochers. Le son des vagues. Elles se jettent sur le sable, l'avale et le recrache. Les vagues jamais rassasiées. Les vagues, le vent, les vagues, le Dies Irae d'un Requiem. Le Requiem de Mozart, oui ce Requiem là. Et puis la mer est grise. La mer, elle a des reflets noirs. Il pleut sur la mer. La pluie tombe et se noie. La pluie, elle remplit les mers et les océans. La pluie tombe, la mer hurle.

Je lis L'Eté 80. Je lis L'été 80 sur une plage de Palolem. Autour de moi, comme dans le livre, il y a la plage. Et puis, il y a la mer. Je suis frappé par la ressemblance qu'il y a entre les événements de cet été, en 1980, et le mien. Les violences du monde, les Jeux Olympiques, la Russie, la chaleur, la mer. Toujours la mer. Marguerite Duras qui raconte la mer.

Aujourd'hui la mer est calme. La mer s'est tue. Aujourd'hui, je te porte à l'arrière d'un scooter. Nous roulons sur les routes qui longent la côte. Nous traversons des villages de pêcheurs. Il y a les rizières qui s'étirent et miroitent. Dans leurs eaux, le ciel tout d'un coup si bas. Tu prends des photos. Je sais qu'elles seront floues, je sais aussi que tu aimes ces paysages, et ses rizières, et la jungle et la mer et moi. Sur le bac, Duras est là, dans tes pensées. Le bac démarre.

Que ce soit sur une mer ou une rivière, prendre le bateau, c'est toujours une fête. Je regrette le temps des croisières. Le temps d'aller où l'on veut, par monts et par veaux, par mers et par bateaux. Je regrette ce temps comme si je l'avais vécu. Sans doute l'ai-je souvent lu. J'aimerai assez l'écrire ce temps là, ce temps perdu.

Tu te déshabilles pour aller te baigner. Tu es nu. Tu cours jusqu'à la mer. Tu te jettes dans elle. Tu disparaît dans la vague. Ton corps, fragile. Ton corps jusqu'à la taille, la mer t'habille de sa robe à jalons gris. Je te regarde. Je suis surpris. Tu l'as fait pour me surprendre et je te trouve encore surprenant. Alors je te souris. Tu comprends.

Tu roules une cigarette, mais ce n'est pas facile de rouler avec les doigts mouillés. Je te regarde encore. Je te regarde fumer ce que tu as, crois-tu, bien rouler. Tu m'amuses. La mer, derrière toi, joue les figurantes. Et tu es l'acteur-premier, celui qui m'amuse, celui qui me fait rire, celui qui bande quand je souris.

Nous roulons encore. La pluie ne va pas tarder maintenant. Au loin, par delà les collines, les nuages sont gros. Les nuages se chargent, les nuages déchargent leurs éclairs sur la mer d'abord pour ensuite venir à nous. Elle me fait peur la foudre. Je crois toujours qu'elle est à mes trousses. Elle me cherche, alors je me cache. Alors elle gronde, je reste silencieux, je m'invente un pays où je ne serai plus seul à me cacher d'elle. Un monde où il y aurait des hommes qui marchent dans les plaines pelées, prêts à se sacrifier, prêt à recevoir toute cette lumière qui m'est destinée. Des hommes martyrs, qui par bonté, me sauveraient de l'orage. L'orage passe, un homme est couché parmi les herbes hautes. C'était un berger. Autour de son corps, des chèvres paissent. Elles ne se soucient pas du berger. Elles croient qu'il dort. Il dort si souvent ce berger que si elles avaient dû se soucier de son sort à chaque transhumance, elles n'auraient alors, que la peau sur les os. Alors les chèvres se nourrissent des herbes hautes, des herbes folles. Elles ruminent insouciantes mais repues. Le maître est allongé. Tranquille, il dort. Mon martyr. De l'orage, je suis sain, je suis sauf.

Les dés sont jetés. Par trois fois les dés sont jetés. Les dés ricochent sur le bois de la table. Les combinaisons s'enchaînent. Le hasard se joue de nous. Le score est faible. On raye les cases. On recommence. La pluie est devenue le rideau permanent du restaurant où nous avons trouvé refuge. La pluie comme un prétexte suffisant à ne rien faire. Ne rien faire d'autre que manger. Et l'on joue entre deux bouchés d'un Lemon Honey Pancake. Et l'on relance la partie entre deux gorgées d'un café Expresso.

Tu as cinq dés de même valeur. Je suis un peu jaloux. Ce n'est pas de ta faute. C'est d'ailleurs la faute à personne. Mais je t'en veux. Je t'en veux de vouloir me faire perdre. Je n'aime pas perdre. Il me faudrait deux Bonus pour te rattraper. La victoire à deux Bonus. J'essaie encore d'y croire. C'est mal barrer. Je me venge sur la Suite que j'obtiens en un jet, la suite que tu peine à accomplir. Cela ne me relance pas, mais ça soulage.

Dans la chambre, j'ai branché les enceintes à mon Ipod. Quand on ouvre la porte, on l'ouvre sur la mer. Même la porte fermée, la mer est là, à nous attendre. La mer patiente. Je passe un air d'une chanson de film. Un film indien. Le gardien du lotissement est attiré par l'air. Il chante. Il aime cette chanson. Il me demande de la rejouer. C'est aussi ma chanson préférée. L'air reprend. Toi aussi, tu y prends goût. Nous chantons de concert. Le coeur que nous formons, abîme les paroles, mais qu'importe les voix quand la joie nous emporte. "Japan Love in Tokyo"

La mer, nous te quittons. Nous t'aurons usé de nos yeux. La mer, combien de regards t'auront parcouru, combien de soleil tu auras mouillé au couchant, la mer, précieuse et belle. Le sac, sur notre dos, bien rempli. La force de levé le camps. L'énergie de reprendre la route. Il en faut de cette force pour vaincre la fatigue de l'itinérant. De ville en ville; j'aimerai tant dire "de port en port" comme ses marins qui oublient la terre lorsqu'ils ont un pieds en mer. Je ne suis pas marin, pas encore.

Il est tard le soir, le Bus Stand est au croisement de deux rues. La ville décimée de ses gens. Seuls, quelques retardataires font un dernier arrêt au stand du Pan-Wallah. Nos sacs à terre pour nous soulager dans l'attente. Des hordes de chiens font la loi. La justice, c'est de protéger son territoire. Toute la nuit, un périmètre à garder. Il faut aboyer. Il faut se battre. Il faut avancer, rogner quelques feet, reculer, défendre, se défendre de l'envahisseur. Nous regardons cette société de la nuit agir sous nos yeux. Nous regardons les faibles chiens plier sous la loi des plus forts. Les plus forts étant les plus robustes. Les plus robustes étant les gardiens du Bus Stand. Nos gardiens.

Les bus se suivent, ils passent sans jamais s'arrêter. Jusqu'au nôtre, qui passe pour nous prendre.

Avaler par le bus, nous roulons, et nous roulons encore. La nuit, en complet noir. La lune se dévoile par intermittence. La mer, de plus en plus loin. La mer, paresseuse. La mer, dans mon souvenir, la mer, dans mes yeux, la mer, dans mon coeur, la mer hurle.


Par Adagio
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Vendredi 8 août 2008 5 08 /08 /Août /2008 15:52

Il est beau, je le vois. Il se croit libre. Se sentir libre quand on ne l'ai pas, c'est ça la liberté. Il est libre. Ca le rend beau et moi ça me rend fou.

 

Une cigarette qui s'allume dans le noir. Juste un bout rouge, très rouge, puis plus rien. Juste le noir. J'attends. Je compte. Le rouge, de nouveau, une incandescence en mouvement. Le geste de la main semble partir de la cuisse, passer par le torse et atteindre les lèvres. Encore une fois le rouge s'allume. La cigarette se consume. Les volutes de fumée s'échappent. La chambre est noire, le tabac rougie et puis au bout de 17 aspirations, une dernière taffe. Le bruit d'un mégot qu'on écrase. Le cendrier qu'on éloigne. Un corps qui se rapproche. La sensation d'une peau qui me frôle. Un corps retranché. Un corps qui se retranche et se referme sur le mien. Un bras qui s'agite. Une position qu'il cherche. Une main se pose. Doucement, sur mon ventre. Je ferme les yeux et je vois comme avec les yeux ouverts. Mieux encore. Je perçois. La douceur m'entoure. L'émotion surgit. C'est bon. Les doigts hésitant. Les doigts qui cherchent. Je le vois réfléchir. Je le sens hésiter. Enfin, je le sais convaincu. Les doigts se meuvent. Mon ventre, des blanches, des noires, un piano, une résonance. La caresse est motivée, sure. Je le sais qu'il pense mon corps. Je le sais qu'il choisit les lignes, les courbes. Ses doigts, encore moites, les empreintes qui accrochent. Un effort pour les faire glisser ses doigts sur mon corps. La douceur. C'est de la douceur qu'il me donne. Je rouvre les yeux. Mon regards brouillé. Je m'habitue. Une silhouette. Un visage qui s'approche. Nos visages, si près. L'odeur du tabac, si forte. J'aime cette odeur, ce parfum d'addiction. Je le respire. Il me tend ses lèvres. Je le respire. Des lèvres charnues, des lèvres sèchent, nos lèvres qui se touchent, qui s'embrassent. Je le respire. Ces lèvres, que je rends humide, que je rends attachantes. Des lèvres qui s'épousent. Nos langues qui se joignent. Je le respire. Le baiser.

 

Ils sont partis mes hommes et j'ai le coeur gros. Ils sont partis. La maison est bâtis. Le rêve à pris forme. Une réalité. Sur le toit, je monte, je pleure. Il y a de la joie dans ces larmes. Et beaucoup de tristesse. J'aimerai pouvoir les retenir ces larmes, ces hommes, que je vois partir. Il n'y a rien à faire. Tout s'échappe et tout semble m'échapper.

 

Le thé est encore chaud. Un thé noir et poivré. Le thé encore chaud et lui, il dort. Je le regarde dormir sans avoir peur qu'il me surprenne. Le souffle, régulier. Mon regard, fixe. Sur le Charpaï, le corps, dispersé. La photo est belle. Il est beau, je le vois. Il est libre quand il dort. Cinq heure a passé. Le vent souffle sans jamais s'arrêter. Sinon, le silence. Les corbeaux assoiffés dans le silence croassent. C'est aussi le silence. Le cliquetis du réveille de mon grand-père, sur l'étagère, c'est aussi le silence.

La porte est ouverte. Dehors, le désert. La couleur de la terre. Une couleur sable. Des nuances de vert, au loin, là où la pluie a tombé. Quelques arbres disséminés. Plus loin, l'horizon. Une ligne franche. Au dessus, le ciel. Le ciel, deux couleurs. Du blanc, du bleu. Un ciel sans obstacle, sans nuage et sans pluie.

 

La maison est bâtis. 6 mois auparavant, je rêvais de vivre ici. Je rêvais ma maison. Je rêvais de marcher, chaque jour, sur cette terre. Me réveiller sur cette terre. Me coucher sur cette terre. Habiter cette terre. L'habiter sans la prendre. Me rendre libre et la laisser libre. Juste vivre ensemble. Nous accorder. Apprendre. J'apprends, chaque jour, j'apprends.

J'apprends des hommes aussi. Et des femmes, parfois. C'est rare. Ce qui est rare est précieux, alors j'apprends de ce qui est rare et le garde précieusement. Il y 6 mois, je rêvais. Aujourd'hui, je contemple.

 

Je suis heureux. Vraiment, je suis heureux.

 

Les jours passent. Les mois s'enchaînent. La revanche du temps me frappe. En plein coeur, j'ai mal. Si mal. Il n'y a rien à faire, il faut que j'avance. Rien n'ai jamais pareil, rien n'ai jamais statique. Ca bouge.Tout bouge. J'avance. Avec le ciel, j'avance. Le ciel, il change, il charrie les nuages, il nous amène la pluie. La pluie, cette pluie, elle tombe, miraculeuse. La pluie des gens heureux. La pluie, on la prend. Au diable les parapluies. La pluie, on la boit. La pluie, on la veut. On la tellement voulue. Maintenant qu'elle nous tombe dessus, on la sent. Par gouttes, on la prends. Par cascade la pluie inonde les rues, inonde les champs et inonde les gens.

 

Le bonheur a le goût de pluie. Une averse suffit à rendre les gens vivant. Sur le balcon d'une chambre d'hôtel, j'attends cette pluie. Elle arrive, au loin, si vite, si dense. Sur la terrasse de ma maison, j'attends la pluie. Elle est presque là. L'humeur du ciel, du vent, tourne. La couleur du ciel, subitement, se contraste. Il y a du gris, il y a du noire, du sable aussi. La fraîcheur se répand. La pluie, on la sent avant qu'elle nous touche. On la sent comme un parfum qui enivre. Elle vient de loin, du Pakistan. Elle traverse les frontières sans visa, sans passeport. Elle est libre d'aller et de tomber où elle veut.

Le sable vole. Le vent l'emporte. Le sable, sur les rochers, ricoche. Sur la peau, il nous griffe. Dans les orifices, il s'infiltre. Le silence, un peu plus lourd, pèse. La lumière du jour prend la teinte du couchant. Le soleil est masqué. Les nuages, vainqueurs, font éclater leur joie. La pluie, notre récompense.

 

Je grimpe sur le toit de l'hôtel. Je porte un lungui et c'est tout. D'abord, j'ai un peu froid. La fraîcheur du vent me surprend. Par vague, il me fouette et je tangue. Tel un navire sur une mer agitée, je tangue. Très vite, je m'habitue et au vent et au froid. La pluie. Elle me frappe. Elle est vive, la pluie. Elle nous rend vivant, la pluie. En quelques secondes, je suis trempé. L'eau coule sur mon corps. Je deviens eau.

 

Sur les toits, les gens sortent. Une jeune fille, l'étoffe légère, danse sous une gouttière où coule une rivière. Sa mère l'accompagne. Ensemble, leurs pas se mêlent. Des hommes, plus loin, plus haut, nous ont rejoint. L'attitude est la même. La pluie nous rend humide, presque nu, presque libre. La pluie nous rend vivant. Je vis cette pluie comme si c'était ma première. La première fois, ma première pluie. Je suis surpris. Je suis mouillé. Je suis heureux.

 

Après la pluie, encore la pluie. Dans les esprits, elle coule encore. On en parle. On se la raconte. Par téléphone, on appel un peu plus loin, on se prévient. On se réjouit. La pluie des gens heureux. Dans la ferme, la terre est bonne à labourer. La terre, la soif étanchée, s'enfonce sous mes pieds. L'odeur de la terre, un parfum aussi enivrant que celui de la pluie. Je la respire, cette terre. Je la respire et c'est aussi fort et c'est aussi doux qu'un baiser.

 

Le thé est froid. Sur le sol, la tasse, un objet perdu. Le sommeil m'a oublié. Lui, il dort, il ronfle, il siffle. Même le sommeil n'a pas raison de son silence. Je souris de le savoir si vif. Je monte sur le toit. Je roule un pétard et je fume. Je fume les étoiles. Les étoiles, moins nombreuses qu'hier je crois. Je fume les nuages plus en nombre, eux, et plus denses. Je fume le paysage nocturne. Le paysage nocturne, il m'apaise. Il est immense et plat. Il est mon bout de mer et c'est mon secret. Il est ma Bretagne aride et sèche. Je fume ma Bretagne, son océan de pluie, et je m'endors sans penser à demain.

Par Plume-plume
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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /Mai /2008 12:22

J'avance, pas à pas, une pierre sur chaque épaule. Je crois porter le monde. Le poids est à chaque pas plus pesant, plus lourd. Ces pierres que je porte, c'est ma maison que je bâtis. Ma maison. Des pierres que l'on taille, que l'on porte, que l'on pose. Des murs qui se dressent. Des trous à combler. Des mesures que l'on compte en pieds. 12 pieds. Un alexandrin. Ma maison, un poème. Pas à pas, je porte le monde.

 

Un été au bord d'un lac. La nuit est tombée. Le feu s'allume et les flammes chahutent dans le foyer, sous l'arbre. Les visages s'éclairent au rythme du feu qui flambe. Raju prépare les Chapatis. Ca claque, ça cuit. Un transistor posé sur une pierre joue une musique désertique. Nous écoutons, tous attentif. Il y a de la fatigue dans les yeux. Il y a la faim dans les ventres. Le soleil nous épuise. Arjoun Ji, étendu sur le sol, se repose, le crâne frapper au burin après sa journée à frapper la pierre.

 

L'été au bord du lac. Le vent charrie les nuages et fait valser le sable. Pas de pluie. Juste l'ombre d'un nuage. A l'ombre du nuage, les marteaux tapes et la ronde des hommes forts se déploient autour des fondations. Eclipse, à l'ombre d'un kajori, mâche et régurgite. Fota, à l'ombre, dans la Juperie, joue aux cartes avec lui-même.

 

Le mur, à hauteur de mon torse. Les fenêtres commencent à apparaître. L'échafaudage est en place. Le ciel est moins haut. Un soleil rond se découpe sur l'horizon. Les pierres se teintent d'une couleur sable. Le vent souffle. Le vent souffle à nous faire plier. Le sable, dans les cheveux, dans les oreilles, dans les yeux. Le sable, partout, vole et se colle à nous.

 

Une allumette craque. Les premiers Beedies du jour se fument. Le Tanka est terminé et rempli de 4 citernes d'eau de Besaki. Un seau, un baquet, les hommes prennent leur douche. Chagan, en Lungi, oint ses cheveux d'huile. Le rituel de l'onguent, une coquetterie générale. Le Chaï est bu. On abandonne les tasses. Au hasard d'une pierre, d'un rocher, d'un buisson, les tasses gisent et s'accrochent au décor comme des natures mortes perdues sur une toile d'huile.

 

Pas de répit. Nous autres naufragés, sur ce bout de terre, sur ce bord de lac qui me fait penser à la mer, nous agissons sans hâte, avec précision, pousser par les éléments, pressés par le temps et la mousson. Seul l'instinct nous guide. Un instinct différent de la survie. Un instinct d'envie. Un instinct de progression. L'envie de voir et d'avancer. D'avancer et puis de voir. Une pierre de plus. Un pas de plus. Vers la liberté. Le cap est fixé. Nous voguons, en rythme, vers cette terre de liberté.

 

Et puis il y a le soleil, et il y a le silence. Lorsque je marche sur le chantier, une pierre fixée sur chaque épaule, je sens le soleil brûler ma peau. Et le silence, ce silence, il est partout. Il est en moi et en dehors. Il est autour de moi. Partout et nul part à la fois. Le silence aussi puissant qu'un soleil qui me chauffe et me brûle et me donne une couleur de vinyle.

 

Et puis il y a tout ce qui s'accroche au silence. De petits bruits. Des sons qui accompagnent le silence. L'espace grandit. Des sons amplifiés par l'absence d'obstacles. Une brindille crépite sur la vivacité du feu. Le buisson chuchote sous l'impulsion d'un air. On entend le battement d'ailes des oiseaux dans le ciel plein. Le ciel, une couleur. Les pas s'accrochent à la terre et j'entends la terre qui s'accroche à mon pas. J'avance, une pierre fixée sur chaque épaule. Le poids amène la douleur. La pierre, les angles assassins, meurtrie ma peau. Je lutte. Je progresse.

 

Je regagne la Juperie pour préparer le Chaï. J'imite chacun des gestes de Foola. Les cendres mortes que je repousse. Les herbes sèchent que je pose au centre des trois pierres. Une bouse sèche que j'effrite. Les fragments répandus, j'y ajoute quelques brindilles. L'allumette craque. Le vent la souffle. Une autre allumette craque et s'éteint derechef. Le vent se joue de moi. J'enrage. Même si les autres ne me voit pas, j'ai honte. Cela semble si facile dans les gestes de Foola. Toute la boîte y passe. Il me faut l'aide d'un briquet pour parvenir à allumer un feu. Dans la Bagoli, je verse un fond d'eau. J'attends l'ébullition. Puis je verse le lait avec la même quantité. Quatre poignées de sucre et deux de thé. La cardamome que je j'écrase. Le feu vif. Le mélange prend. Le lait monte. La couleur change. Je prends une louche, le geste ample, je fais respirer le Chaï. Je goûte. C'est prêt. Je transvase la contenance de la casserole dans la théière. Les tasses que je récolte au hasard et que je rince. Je regagne le chantier en ayant préparer le Chaï.

 

La simplicité, partout. L'horizon, habité. Au milieu du lac, un îlot se forme. Un berger mène ses moutons en pâture. Les cris du berger viennent rompre le silence pour un temps, pour un temps seulement. Le berger, homme simple, une bouteille en bandoulière, un baluchon, un long bâton, des nuits de veille, les traits tirés, la peau tannée, l'amour de son troupeau, la marche, la longue marche, la solitude, la grande et pure solitude. Les cris d'amour du guide, dans le désert, ne trouvent aucun écho.

 

L'été, la nuit, au bord du lac. La pierre morcelée gît sur un monceau de gravats. La lune, presque pleine, éclaire les étoiles moins nombreuses qu'hier, et pourtant. J'éprouve, pendant un moment, la certitude d'exister. Mon regard se perd, au loin, dans l'horizon habité. Le lac à défaut d'être plein, est calme. Au bout, des points de lumière habitent l'horizon. Des lumières comme des navires. Des navires, des paquebots, en ligne, qui auraient jetés l'encre dans les eaux inerte de ce ciel sans fond. A la dérive, je rêve.

 

Je rêve que je porte le monde sur mes épaule. Un monde léger, les angles doux. Ma peau bistrée. Les mers en cascades rigolent sur mon corps. Fraîcheur. J'avance, dans la nuit profonde. Je n'ai pas peur. Les cris d'un berger guide mon pas. Les cris d'un berger rythme l'allure de mon pas. Il n'y a pas de lune, il n'y a pas de soleil. Les lumières d'une ville, au niveau de mes yeux, éclairent dans un rayon, le chemin que je suis. Une ville de lumière. C'est Paris qui m'éclaire. Je porte le monde et Paris est ma lanterne. En projection, sur le sable, les immeuble se dessinent. Des immeubles pas bien grands. Des jardins, des fontaines, des cours et des arcades. Il y a des cafés dans des tasses posés sur des tables en terrasse. Il y a des hommes et le sourire d'une fille. Ce n'est pas la ville qui m'éclaire, c'est le sourire de cette fille. Le rire clair, le rire plein, la gaieté réconfortante, la force du caractère. D'un désert à un autre, en une pensée, en une fraction, dans cette ville qui éclaire mon pas, près de mes yeux, plus près encore, dans mon coeur sans aucun doute, il y a une Dune. Elle n'est pas de sable, elle n'est pas terre, ni de roche, ni de pierre, elle était une fille quand je l'ai quitté, elle va devenir mère. Il me tarde de la retrouver.

 

Un nouveau matin. Un matin blanc. Il n'y a pas de neige, juste un brouillard de poussière. Le soleil est pâle. L'horizon plus proche qu'hier, et pourtant. Une allumette craque, le premier Beedie se fume. Une allumette craque, Foola, premier essai, un succès. Il me reste tant de choses à apprendre.
Par Plume-plume
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Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 07:18

Mon domaine, mon histoire. Une histoire à 45°. La chaleur, violente. Le vent nous pousse et nous repousse. Jour et nuit, le vent nous pousse et nous repousse. Un vent chaud et puissant. Rien pour l'arrêter. Rien pour le soustraire à nos efforts. Il est là. Il pourrait nous rendre fou. Comme une lutte, nous le prenons à bras le corps. Il faut danser avec lui, alors nous dansons ensemble.

 

J'enroule un long tissu autour de ma tête. J'en fais un turban. Ma protection contre le soleil puissant. Une puissance à 45°. L'ombre de la Juperie est un soulagement qui ne dure qu'un temps. Les buissons, sur le toit, ne sont pas assez touffus pour stopper les rafales qui s'immiscent à l'intérieur. Le vent est chaud. Un vent parfois bouillant. Je transpire. Je comprends désormais la nécessité de l'eau. De tous mes pores, l'eau déborde. Cette eau qui s'en va, la précieuse eau qui nous quitte, si vite. Boire et transpirer sont mes activités les plus régulières.

 

Eclipse est harnaché. Sur le Gada, un réservoir vide. Deux fois par jour, Jugeta parcours les 3 kilomètres jusqu'à Besaki. Il va remplir le réservoir afin que nous puissions tous boire et transpirer. Tranquillement. Il m'arrive de penser à un Pepsi bien frais. Un réfrigérateur. Une glace à l'eau et à l'orange de chez Joshi's ou simplement une bouteille d'eau fraîche. Des pensées froides qui m'aide à sortir de l'ombre.

 

Avec mon turban, je ressemble à un Sikh. Au loin, je les vois travailler. Ils s'affairent à la construction du Tanka. Un réservoir comme une petite piscine où l'eau coulera à flot. Une piscine, une simple douche, autres pensées froides. Il y a Sagan, Mistri tailleur de pierre. Le marteau tombe et claque sur la pierre d'or qui craque, se fissure et se casse. La cassure est nette. L'arrête est tranchante. Le bloc est carré. Une pierre de plus à l'édifice. Il y a Toulssa, Mistri plâtrier. La cinquantaine et l'expérience d'un vieux brisquard. Un commandant mais aussi un expert en sa matière. Les ordres tombent à l'allure du marteau qui frappe. Un enchaînement parfait. Hirou rempli les Tagaris de Masala. Fota les récupère et les mènent, sur une épaule jusqu'au Mistri qui d'un geste calculé, laisse s'échapper la truelle. Le mélange se colle à la paroi. On lisse, on étale, on mouille. On balance, on étale, on lisse.

 

Le Tanka est profond. Il peut contenir 4 citernes remplie d'eau. Le ciment transpire lui aussi. Chaque matin, il faut l'arroser. Chaque soir, il faut recommencer.

 

Les abeilles. Des centaines d'abeilles. Des piqûres. Même les abeilles cherchent à s'abreuver et l'expérience est pénible, car l'eau est rare. La moindre goutte les attire. A partir de 9H00, elles apparaissent. Elles volent vers les liquides. Elles savent. La Matki garde l'eau au frais. Une jarre en terre cuite qui refroidie sa contenance au contact du vent. Les abeilles tournent autour, elles attendent, impatientes et furieuses, qu'un assoiffé vienne retirer la chape pour l'attaquer et boire.

 

Les jours s'enchaînent. Mes hommes travaillent dur. Mes hommes se lèvent tôt. Ils débutent la journée par un Chaï. Sous un arbre, la cuisine. Quelques branches mortes, quelques bouses récoltées de la veille. La combustion est rapide. Le lait boue. Le thé se mélange. En été, on y ajoute de la cardamome. Le sucre est dispersé en bonne quantité. Le breuvage de l'Inde. Il réveille, il apaise, il fraternise. Masala Chaï, source indienne de vitalité. On range les matelas. On nettoye la Juperie. Un morceau de Chapati, un ou deux Parle-Ji. Une longue journée de labeur. Paolas et Tagaris, pelles et pioches, truelles, Miti, Feeta, Bageri, les pierres que l'on taille, la terre que l'on creuse, l'eau que l'on boit, l'eau qui s'échappe. Transpiration.

 

11H00 et 45°. D'heure en heure, de jour en jour, la température monte. Quelques degrés de plus et je pisserai de la vapeur. C'est ce que je me dis. Sur la moto qui mène en ville, je regarde le paysage. Une nature désolé qui appelle à la pluie. Les hommes ont déserté. Le trafic est nul. Jaisalmer n'est pas si loin et pourtant, à chaque fois, l'atteindre est un but qu'il ne faut pas perdre. Le soleil, à son acmé. Une panne et c'est notre peau qu'il faut sauver. Le vent nous pousse et nous repousse. La moto lutte. Pas moyen de danser, il faut avancer, coûte que coûte, il faut avancer. Nous mangeons les kilomètres. Bhura conduit. Il me parle, mais les mots se perdent, emportés par le vent. Des mots, déjà si loin derrière nous.

 

Le fort, la citadelle. Jaisalmer, comme un mirage, apparaît dans l'horizon. La saison touristique est terminée. Il n'y a guère de Gora dans les rues. Certains magasins ont baissé leurs rideaux. Nous entrons par Gandhi Chowk. La porte, grande ouverte. Le marché, au ralentit. Sur les étales, les mangues sont en quantité. Bhura me dépose à l'entrée du Bathia Market. Je remonte la rue et m'arrête quelques boutiques plus loin, dans l'échoppe de Dr Natti. Un Coca-cola bien frais. Un bonheur que je bois goulûment pour transpirer des bulles, peut-être.

 

Dans la ferme, il n'y a pas d'électricité. A Gopa Chowk, il y a une échoppe où l'on vend des lampe à gaz. J'en achète une, avec les rechanges qui vont avec. Un peu de lumière, pour le soir. Les soirs bien noires par les nuits sans lune. La lumière, nécessaire en cette saison, car des jours à 45° apportent des nuits pleines de danger. Nous dormons sur la Hotia pour plus de sécurité. Le danger rôde autour de nous. Les serpents profitent de la fraîcheur nocturne pour sortir et chasser. Les scorpions profitent de la nuit où ils sont invisibles pour sortir de dessous les rochers. Une lanterne pour nous guider tel un phare dans la nuit, pour ne point chuter, pour ne point sombrer dans cet océan sans eau, cette mer de sable aux récifs saillant.

 

J'ai quitter mon hôtel. Check out. A Dharti Dani, je check in. Quelques affaires, trois fois rien. L'ordinateur pour écrire. Le minimum est requis pour laisser un peu d'espace dans la hutte. Sept corps d'hommes, ça prend de la place. Ces hommes, qui ont quitté la terre pour venir s'échouer sur cette île, pour travailler, pour gagner des Paisas, mais aussi pour prendre part à un rêve. Une idée folle. Construire un village, ensemble.

 

Sur île. Je suis allongé, près à dormir. Sur la Hotia, je fume une cigarette. Le temps est clément, le vent à cesser. L'apaisement. L'accalmie. Je me perds dans le ciel sans lune. Les étoiles, nombreuses. Les étoiles par millier. Je regarde le ciel et je pense à l'abandon. Je suis un naufragé. Echoué sur cette île. Sept compagnons de fortune. Sept hommes épuisés par l'effort, le soleil et la nuit. Je les écoute parler entre eux. Ils ont tant de choses à raconter. Le crépuscule les rend bavard. Je ne cherche pas à comprendre. Je me laisse bercer par les murmures. Il y a des rires. Il y des mots qui s'enchaînent et des bruits qui s'échappent. Il y a des monologues; de longues tirades, une seule voix et les autres qui écoutent. Il y a le vent qui recommence à souffler, et sur mon île, j'entends la mer. Il y  Bonnie et Eclipse qui nous garde, nous protège. Il y a Fota qui dort. Un sommeil profond. Le ronflement d'un sage. Petit à petit, les voix s'éteignent. Les voix baissent, les silences plus réguliers. Le grand silence s'installe. Le vent, la nuit, nous guérit des blessures du jour à 45°. Il n'y a plus de voix, il n'y a qu'un silence. Mes hommes dorment. Dans le sommeil, le language est semblable. La traduction est inutile. Je les comprends si bien quand ils dorment, mes hommes. Je vais dormir, moi aussi. j'attendrai le jour pour me lever. Un jour de chaleur à n'en point douter. 45° et la mer à boire, et la mer à transpirer.

Par Plume-plume
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /Avr /2008 16:26

Les couleurs coulent sur les chemises. Les visages sont des peintures. Holly, une fête, un peuple. Les rues sont rouges, les couleurs courent.

Je marche dans ses rues. Plus j'avance, plus les couleurs sont vives. Les bandes se dessinent sur mon corps au fur et à mesure, au fur et à mesure.

C'est étrange de voir tous ses gens le visage en peinture. C'est étrange et beau.

 

Mais il y a plus que cela, plus que des couleurs, plus que des visages défigurés, plus que des rires et des combats, il y a ce que je ressens sur le moment, il y a cela et très vite, il n'y a rien d'autre.

 

Je rentre dans ma chambre d'hotêl. J'allume le ventilateur. Il fait très chaud. De mon balcon je vois le fort. Raoul est là, sur le balcon d'à côté, il me propose de venir boire un thé. J'accepte, j'ai très soif et puis je veux prendre son portrait. Il n'est pas seul, il ne l'a jamais été ou bien toujours, je suis confus. Allongé sur le lit, il y a Liloo. Il joue avec son portable. La chambre est cosi, beaucoup mieux arrangée que la mienne. Les lampes ont été recouverte d'un journal pour rendre la lumière plus tendre. Il y a un dessus de lit fantaisiste et sur la petite table, une plante en pot. Les étagères sont recouvertes de biblots. Il y a une atmosphère dans cette chambre. Le hard disc est relié à un ordinateur qui joue une musique douce. Le rythme est lent et planant. Le charras brûle. Le chilum tourne.

 

Dans la théière l'eau boue. Je m'installe sur un coin de lit. Raoul me tend le chilum. J'aspire la fumée jusqu'à l'incandescence du tabac. Liloo, enveloppé dans son lungi, me regarde et son sourire est sans équivoque. La porte est grande ouverte, les remparts de la forteresse sont éclairées. La ville dort la lumière allumée. Le goût du thé m'apaise, ma soif s'étanche, je respire et le charras fait effet.

 

Je pense à lui. Je pense à lui jusqu'à m'oublier. Il y avait des larmes, il y avait des rires, de la tristesse de se regarder partir. Moi qui reste, moi qui suis déjà loin. Lui qui s'en va, qui prend le train, qui me quitte. C'est triste. La vie c'est triste.

 

La liberté. Je n'ai cessé d'y penser à cette liberté. Je me demande s'il l'on peut se sentir libre quand on s'aime. Je n'ai cessé de la réclamer cette liberté. Quant à l'amour, il me brûle cet amour.

Il est une vie cet homme, ma vie peut-être, et je le regarde partir cet homme avec ma vie sur ses épaules. Dans mon coeur et dans le sien, ça pleure. Les larmes ça s'efface. D'un geste, il n'y a plus rien. Ce qui reste, le plus gros, le plus important, l'indélébile trace, le passage, ce qui reste, restera pour toujours. Cette encre est là aussi, sur mes joues, il n'y a pas de geste, cette encre me brûle, cet amour me brûle. Je l'aime cet homme. Il m'a affranchi cet homme. Le prix de ma liberté, l'amour. Je l'aime cet homme qui m'a libéré.

 

Raoul me console. Dans le triste bleu de ses yeux, j'y trouve un réconfort. C'est bien souvent que la tristesse des uns apaise les maux des autres. C'est infâme et très humain. Ca soulage et pour le reste, sur l'instant, c'est tout ce qui compte, le soulagement. Je laisse Raoul en compagnie de Liloo. Je réintègre ma chambre. Ma chambre, mon monde. Blanc comme une lettre à écrire. Les draps en désordre. La lampe, sans filtre, imprègne ma pupille avec douleur. C'est comme une photo-flash, le cliché est statique, plat, sans expression. Ma chambre sans autre expression que le départ. Ma chambre, mon monde, le voyage.

J'allume mon système audio. Je tourne la molette jusqu'à entendre le piano. Glenn Gould, les Variations Golberg, Bach. Le charras, dans mon corps, je ferme les yeux. Le monde tourne. Mes pensées tournent. Ma tête tourne. Je tourne jusqu'à perdre la mesure du temps.

 

Je me réveille un autre matin. Chaque autre matin je me réveille en Inde. Jaisalmer est si belle. A chaque nouveau matin, un nouveau soleil. Plus chaud que celui de la veille. Le ventilateur tourne, mais mes pensées, ma tête, mon corps, tout mon être a cessé de tourner. Tout se fige dans la nuit. La nuit nous fige, nous autre hommes.

 

Dharti Dani. Dharti, la terre. Dani, le village. Mon village, ma terre. Je roule en direction de Besaki. Jugeta conduit le rickshaw. Il nous emmène à ma ferme. 22 bigas de terre, ça ne veut rien dire, pourtant dans cette mesure tient tout mon rêve et mon futur. Une terre, dans le désert, près d'un lac. Dans le lac, il n'y a pas d'eau. Dans le lac, il y a la couleur du ciel lorsque le soleil touche l'horizon. Dans le lac, il y a de l'herbe sèche et des coquillages. Dans le lac, on voit des troupeaux de vaches en transhumances, des chèvres, des moutons, des dromadaires, et comme autant de barques à la dérive, je regarde flotter ses vaisseaux sur le lac sans eau.

 

La juperi est terminée. Dominant le lac et tournée vers le large, la hutte tient debout. Il aura fallu quatre jours pour lui donner son apparence hospitalière. Les travaux continuent. Padam prépare le torchis pour finir la hotia. Ce soir nous dormirons tous dessus, en sécurité, dans la nuit fraîche. Raju prépare le chaï. Sukia, Rewant et Hirou sont partis chercher de l'eau sur la charrette tirée par Eclipse, mon dromadaire.

 

Ils sont une dizaines d'hommes à travailler sur le chantier. Une dizaine d'amis qui se relaient pour faire naître ce village. Ce village sera le leur autant qu'il sera le mien. Sans eux, sans Bhura, mon rêve n'aurait jamais vu le jour.

 

Bhura, c'est le désert. C'est un ami, c'est un frère. Il a été mon guide, il s'est ouvert à moi et m'a montré son monde. Je suis tombé amoureux et de l'homme et du monde. L'amour que je lui voue, fraternelle, platonique, cet amour est sans faille, et il durera tant que le village existera.

 

Je compose. J'attends la pluie. Je revis. Je respire cet air, ce sable, cette terre et je revis. C'est comme une seconde naissance. J'ai pleinement conscience de renaître et cette sensation est  à la fois forte et douce. Je découvre une nouvelle forme de vie. Je me souviens. Il y a comme un déjà vu, une vision qui m'avait tant plu dans mon enfance. La vie des paysans dans la Drôme. Une vie de labeur. Une vie où il faut se lever tôt, avec les premiers rayons du soleil, avant qu'il ne soit trop fort. Une vie où l'on se couche sous les étoiles. Les étoiles nombreuses, les étoiles infinies, les étoiles qui filent et l'on fait un voeu.

 

La pluie. Je ne l'avais jamais attendu comme cela, la pluie. Pour Dharti Dani la pluie est une aubaine, c'est l'essence, c'est la pluie qui donnera à la terre sa couleur naturelle et définitive.

 

La tempête. Avant la pluie, il y a la tempête. Ce jour-là, je me trouvais seul avec Raju. Nous venions de faire 3 aller-retours avec des Tagaris remplies de terre. Nous nous reposions en même temps que nous lavions quelques assiettes. Accroupis dans le sable, récurant, le silence, et puis soudain la tempête s'est abbatue sur nous. Je n'aurais pas pensé cela possible. Il y avait une seconde, peut-être deux, pas plus. Dans cet espace, dans ses deux secondes, tout autour de nous, tout à changé. Le vent a soufflé. Il aura fallu une bourasque de ce vent pour nous désorienter. Le sable s'est mis a voler de toute part jusqu'à rendre le décors lunaire. Il n'y avait plus rien à voir. Nous ne pouvions plus rien voir. Dans ce chaos, la beauté régnait. Il m'est arrivé plusieur fois d'assister à des tempêtes, mais jamais je n'avais vu le vent. Ce jour-là, le vent avait un corps, un corps de sable. Ce corps avait une force. Cette force m'a impressionné. Le vent ne me sera plus jamais invisible. Nous sommes allés nous abriter dans la juperi. Le vent criait son envie d'entrer. Il avait faim. Faim de nous, faim de la hutte, faim de tout ce qui se mettait sur son passage. Raju s'est allongé à l'abri de l'entrée. Il a prit une couverture et s'en est recouvert. Il a levé un coin de la couverture pour me faire signe de le rejoindre. Je me suis allongé à ses côtés. Le vent criait toujours dehors. Les herbes séches qui formaient le toit de la juperi se déchaînaient au contact du vent. A l'abri, dans les bras l'un de l'autre, Raju et moi, rassurés, nous avons fait l'amour. Il y avait de l'envie autant que du besoin. Nous avons fait l'amour avec le vent qui criait sa faim. Nous avons fait l'amour comme des naufragés, au large, dans un océan de sable. Nous avions faim, nous aussi. Et puis la pluie s'est mise à nous frapper.

Par plume-plume
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Samedi 22 décembre 2007 6 22 /12 /Déc /2007 06:01
Loin. Je me sens loin. Aussi loin que je suis, je me sens bien. Mieux peut-etre. Vivre peut-etre. Je me sens vivre ici dans le lointain.
Loin de la mer. Loin de la capitale. Loin de la torpeur et de l’oisivete.
Mon ocean, le desert. Mes vagues, les dunes. Mon soleil, le soleil.
 
Mes pieds, vivant dans leurs sandales. Je prends des douches froides, mais qu’importe, la chaleur est partout. Dans l’air. Dans le corps des hommes. La chaleur, partout.
 
L’envie de vivre loin me prend.
L’envie de vivre a l’endroit.
Dans cet endroit ou je me sens vivre, deja. Bien, encore.
Je voudrais vivre bien encore.
 
A Jaisalmer, le soleil, encore le soleil. Il se leve, a l’aube, pour me relever. Je me releve et je marche. Je marche et j’avance.
J’apprends des gens. J’apprends de leurs vies. Du temps qu’ils me donnent, je leurs donne autant de temps qu’ils m’ont prit. On s’entend sans toujours s’entendre vraiment. Toujours s’entendre est agacant. Toujours est un mot qui m’agace. Je prefere les parfois, le changement. Ce qui change est tellement plus exitant.
 
En France, je n’ai pas d’avenir. Cette pensee, je l’ai emporte avec moi, comme un lourd bagage qui me pese, qui m’accable. M’en deslester, me liberer, partir.
Partir, mais je suis deja loin.
Rester dans le lointain. La possibilite d’un reve. Le possible meilleur que l’impossible.
 
Loin de la capitale Paris. Loin de ce reve et de mes 18 ans. Ce Paris qui m’a longtemps habite. Je m’en souviens, c’etait il y a 9 ans. J’avais un billet de train en poche et une valise a trainer. Je ne connaissais rien ni personne. Il m’en a fallu du temps pour connaître cette ville et ses gens. Apprendre. La rue, mon ecole. C’est dans la rue que l’on devient savant. Les gens, les rencontres, l’etre, le paraître, disparaître.
 
Paris, d’abord un reve lointain. Ensuite, Paris que je foule sous mes pas. De long en large, Paris, ses places, ses rues, ses boulevards, ses avenues, le passage, les soupirs.
 
Je souffle. Dans mon souffle, les annees s’eteignent. Chaque annee, on les rallume. Chaque annee, une bougie de plus a souffler, une annee de plus a eteindre. Un soupir qui s’echappe. Un gateau a partager. Cette annee c’est different. 27 ans. C’est sur un brasier que je souffle. Mon souhait, mon vœu est qu’il ne s’eteigne jamais ce feu qui m’annime.
 
Loin de la ville. Dans mes vagues, dans mon ocean de sable, je celebre le jour de ma naissance.
 
Loin de mon pays. Loin de ma famille, de mes amis, de mes reperes. Dans un desert, pres d’un feu, d’autres amis, couleurs de cuivres, cuisinent genoux a terre. Les flammes, dans le vent, eclairent leurs visages dans la nuit. Un morceau de lune, le croissant brille.
 
Le mouton migeotte dans la marmite. Amin veille a la cuisson. Pres du foyer, les fagots de petits bois attendent d’etre consumes. Les marmittes fument, les odeurs des saveurs du diner se repandent. Les convives sont au rendez-vous. Le battement des chapatis. On les frappe d’une main a l’autre, du poing, de la paume et ca claque. La forme est ronde, prete a etre rompue.
 
Je souffle sur les braises et le feu repart. Je ne souhaite pas qu’il s’eteigne. Je souhaite qu’il ne s’eteigne pas. La musique resonne. Dans la sono, des airs de films indiens. Les gens dansent. Les gens mangent. C’est delicieux. Un regale, Nous sommes 20 autour du feu, de castes et de religions differentes. Ca compte. En mon honneur on fait un effort, on fait semblant. Il n’y a pas d’alcool. L’alcool fait naitre les tensions. Ceux qui n’ont pas un sou m’offrent des cadeaux. C’est emouvant. C’est drole. C’est une belle nuit. Une nuit de souvenirs.
 
J’ai 27 ans. Je suis en Inde. Parmis les chameliers qui me comprennent, je pense a mon pays. Ce pays d’où je viens, ce pays que j’aime mais qui ne me comprend pas.
Il faudrait que je me batte, que je m’accroche, mais m’accrocher a quoi ? Les surfaces sont lisses. Les regards impenetrables. Les francais me font peur a vouloir toujours plus, toujours mieux, toujours parfait, toujours tout, toujours, toujours, toujours…
Moi qui n’ai rien, je souffle sur les braises d’une decenie, sur ma vie pour ne point qu’elle s’eteigne.
Je souffle sur mon passe. Je regarde au loin, il y a une ligne d’horizon sombre. Le lieu est paisible. Je me sens serein car je percois cet horizon. Rien ne m’empeche de vivre au loin, si au loin je me sens bien. Ne doit-on pas vivre la ou l’on se sent le mieux ?
 
A Jaisalmer, je me sens mieux.
Par Plume-plume
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Lundi 3 décembre 2007 1 03 /12 /Déc /2007 06:34
Il m’arrive de croiser des femmes portant un enfant et de penser a ma mere. Nombreuses sont ses meres que je croise. Elles ont un garcon sur les epaules, une fille dans les bras. Dans les villages, on enveloppe les nouveaux nes dans un voile, on leurs lie bras et jambes afin de les immobiliser. Ensuite, l’enfant est depose dans un grand bac en aluminum que les meres disposent sur le sommet de leurs cranes pour les transporter a travers champs. L’enfant tient en equilibre et le monde peut s’effondrer, la mere reste debout. L’enfant peut dormir tranquille, en toute serenite.
 
Ses femmes, les femmes, toutes les meres du monde ont une force que l’homme ne pourra jamais atteindre. Une force innee. Un don.
Il suffit de regarder marcher ses femmes. Debout, elles avancent, quelques soit leurs conditions, la tete haute, l’allure altiere, fieres et determinees. Que l’on me donne la force d’une mere et je serais l’homme le plus puissant du monde.
 
Ce pouvoir est un mystere. Il ne nous appartient pas. Il est une part de la creation. On peut le ressentir mais jamais on ne l’expliquera. C’est un secret que chaque enfant garde precieusement. Les bras d’une mere sont un reconfort immediat, a tous les ages, en tout temps, comme si l’on gardait en nous adulte, le souvenir enfantain de l’etreinte maternelle.
 
Une mere doit rester debout quelque soit les circonstances. Pour son enfant, pour elle-meme, une mere se doit de rester debout. C’est une simple question d’equilibre.
La mere est cette femme qui tient le monde sur le sommet de son crane. Si par faiblesse il lui arrive de trebucher, toute la famille tombe, le monde s’ecroule. Quelle responsabilite! Quel courage il faut avoir! Je les admire ses femmes. Je les aime ses femmes. Elles me font prendre conscience du peu de chose que je suis sans elles. Je regrette que les hommes en abuse. C’est une grave erreur. L’erreur est humaine dit le fameux adage, mais est-elle encore humaine lorsque l’homme est un monstre?
 
Si seulement les femmes pouvaient employer la force qui leur sert a porter un enfant contre certains de ses hommes qui n’ont de cesse de les rabaisser. Je ne pense pas a une revolution. Je ne pense pas uniquement a l’Inde, ou l’injustice est grande mais d’un ordre different. Je pense que nous devrions tous avoir conscience, quelques soit l’endroit ou nous sommes, de la necessite de cette force qu’exercent ces femmes, ses meres, debout, pour elever leurs enfants et, de facto, contribuer a l’elevation de la condition humaine.
 
Quand je croise une femme portant un enfant dans ses bras, je pense a ma mere.
Ma mere qui est restee debout et qui encore aujourd’hui se bat pour ne point plier sous le joug de la solitude. Car s’il s’avere qu’un enfant se sent vulnerable sans sa mere, abandonner de cette force, de cette protection, il est encore plus vrai qu’une mere, avec les annees, en occident, lorsque ses enfants la quittent, une mere perd de son envie d’avancer le buste droit. Le corps casse, le dos voute d’avoir trop porte la vie, certaines ne se relevent plus et s’effacent.
S’il y a un homme, et s’il est bon, la mere trouvera en lui un compagnon, un nouvel equilibre mais un poids different. Si c’est la solitude ensuite, alors il faut s’accrocher, c’est dur, il faut du temperement, de la rigueur, il n’y a pas d’autres alternatives que de rester debout, sur ses deux jambes et en equilibre avec soi.
 
Que ses femmes soient vetues de saris ou qu’elles portent jeans’ et debardeurs, qu’elles soient parees de bracelets des poignets jusqu’aux aisselles ou qu’elles dissimulent un piercing au nombril, qu’elles soient brunes, le visage masquee ou blonde et les paupieres maquillees, toutes les femmes de ce monde ont cette meme ressemblance: La force du soutient, gardiennes d’un equilibre.
 
Sans ma mere je ne serais rien. L’Inde me le rappel a chaque instant. Dans ce grand pays ou les enfants sont partout, les femmes ne sont jamais bien loin. Elles veillent en protectrices a ce qui ne leurs arrivent rien. Mother India.
 
Ma mere droite comme elle l’a toujours ete pour nous. Ma mere debout. Ma mere sans qui je ne serais rien. Ma mere, plus qu’un mot, une force. Sans ma mere le monde n’existerait pas.
 
 
Sur M.I road, je suis assis sur les marches d’une petite echoppe ou l’on vend des samosas. Je suis la, a attendre qu’il se passe quelque chose sans savoir quoi exactement. C’est le debut de l’apres-midi. La rue est infranchissable. Le traffic, les voitures, la vitesse, le bruit, tout cela rend l’image plus vivante.
Une femme, longiligne, drappee d’un sari rouge avance sur le bord de la route. Elle tient fermement la main de son garcon. On sent que sa volonte est de le proteger du danger. Ils s’arretent juste devant moi. Elle veut traversser mais elle n’y parvient pas. Le soleil l’eblouit. Elle lache la main de son fils, sans crainte. Le regard qu’elle lui porte suffit a lui faire comprendre qu’il ne doit pas s’eloigner. Ils me tournent le dos. Ils regardent au loin. Ils cherchent une breche dans ce flot continue. Le garcon semble imiter sa mere. Debout, legerement cambres, tous deux illustrent avec force et simplicite le lien qu’une mere exerce sur son petit mome, sur son petit monde.

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Par Plume-plume
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Jeudi 22 novembre 2007 4 22 /11 /Nov /2007 14:19

Sometimes I feel like a rock star. C’est pesant. Ca devient vite insupportable. A Paris dans la rue, je suis anonyme, je ne suis personne. Je m’assois a la terrasse d’un café, on me regarde entrer, une fois assis, on m’a deja oublie. Dans les rues de Jaisalmer, chacun de mes pas me propulse vers un regard nouveau. J’ai mes habitudes mais l’habitude n’y change rien. Je m’installe a la table d’un restaurant et toutes les tetes se tournent vers moi. Je suis fixe, on me devisage, on me decortique. Le garcon charge de m’apporter les chapatis s’avance, il est debout, a quelques centimetres, il me toise. Cela peut durer des heures. Le garcon charge de ramasser les verres s’assoit a mes cotes et il me regarde et jamais il ne se lasse de me regarder.

 

Je marche, je suis une proie. Les lapkas me suivent avec tenacite. Ils proposent de m’emmener dans un magasin. Je suis cense trouver ce que je cherche. On croit me connaitre. On ne me connait pas. Le lapkas peut tout obtenir de moi, sauf ce qu’il cherche, une commission.

 

Toujours les meme questions. Les reponses ne changent pas. Avec la regularite d’un metronome, je leur apprends ma nationalite, mon nom, ma profession, ma situation sociale. Je leur donne les raisons qui me pousse a venir en Inde. Je leur reponds que j’aime leur pays, leur region, leur ville, que je les aime. Ils sont contents. Toutes les heures je passe un entretient. A la fin, pas d’embauche. Nothing. Challo.

 

Mai gora hu. A white skinner. Je suis la blancheur, la neige qu’ils n’ont jamais vu. Ils sont le bronze. Ils sont les levres qui se gersent par 30 degres.

Dans la ville, je m’attends a croiser Guy Lux et Leon Zitrone. Ici c’est tous les jours interville.

 

Aujourd’hui je n’ai pas l’ame d’une rock star. La celebrite me fatigue. Je voudrais etre tranquil. Anonyme.

Dans ma chambre, j’allume le ventilateur. L’air est chaud. Les ellisses tournent au plafond. La porte est fermee. J’ai le temps. Je peux rester allonge toute la journee, toute la nuit, toute la semaine. Solitaire. Devant le mirroir, je fuis le seul regard qui me suit. Le mien.

J’ecris. Je fume. Ecrire et fumer.

Ecrire devient un soulagement. Ecrire c’est ma solitude. Je m’echappe. Je m’arrache a la difference.

Les autres pour l’instant je m’en fou.

 

J’ecris ma frustration. Je ne comprends pas leur langue. J’apprends l’hindi. Chaque matin, après mon chai, j’ouvre mon livre et recite ma lecon. Shanti m’aide dans la prononciation. Shanti est guide et parle plusieurs langues. Specialiste en japonnais, il projette d’aller y passer quelques mois, un jour… 60 ans, edente, ancient lapka, fier de sa progression sociale, c’est un homme que l’ambition ne tuera pas.

 

Ca ne suffit pas. Trop long. C’est complique.

 

J’entre quelque part, je suis accompagne. Ca jase. Les echanges vont bon train. Je percois un mot. “Gora”. C’est de moi qu’il est question. On plaisante. On me sourit. On se moque. Je ne comprends pas. Dinesh a beau me traduire, ca ne suffit pas. Il y a comme un malaise qui s’installe. Les tonalites changent. Ca, je peux le sentir. Je percois les tons de la voix, mais comprendre, ca je ne le peux pas. Pas encore. Trop tot. Trop long. C’est dur.

 

Ma chambre, mon refuge, ma maison. Les heures tournent. La volonte et le courage ne sont pas loin. Je ne fais rien et j’attends. Les moustiques m’agacent. Ils piquent aux chevilles, bien eduques, ils savent qu’ici on vit nu-pieds.

Bhersi est parti 3 jours en safari.

 

La faim me ronge.Il me faut me lever. Passer la porte. Sortir et marcher.

 

Chandan Shree, le restaurant de mes habitudes. 45 roupies le Thali. Les meilleures chapatis de la ville. A volonte. C’est mieux que Flunch, plus exotique.

On me reconnait. On m’a deja tellement admire.

Les touristes Gujarati sont en vacances. Ils ont investi les lieux. Le restaurant fait salle comble. A l’interieur, il y a une place en bout de table. 15 personnes, une famille. Je m’avance, je m’installe les yeux baisses, cherchant en moi les ressources necessaries au nouvel entretient qui s’annonce. Mon regard oblique et recontres les convives. 15 paires d’yeux rives sur une rock star. 15 fans avides de sensationnel.

 

Cote cour, le menu a la main, avec une egale conviction, le garcon me sourit et son regard me fixe encore, encore, encore…

Par Plume-plume
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