Dimanche 15 juin 2008
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Lundi 2 juin 2008
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Dimanche 1 juin 2008
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Samedi 31 mai 2008
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Vendredi 30 mai 2008
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Jeudi 29 mai 2008
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Mercredi 28 mai 2008
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Mardi 27 mai 2008

J'avance, pas à pas, une pierre sur chaque épaule. Je crois porter le monde. Le poids est à chaque pas plus pesant, plus lourd. Ces pierres que je porte, c'est ma maison que je bâtis. Ma maison. Des pierres que l'on taille, que l'on porte, que l'on pose. Des murs qui se dressent. Des trous à combler. Des mesures que l'on compte en pieds. 12 pieds. Un alexandrin. Ma maison, un poème. Pas à pas, je porte le monde.

 

Un été au bord d'un lac. La nuit est tombée. Le feu s'allume et les flammes chahutent dans le foyer, sous l'arbre. Les visages s'éclairent au rythme du feu qui flambe. Raju prépare les Chapatis. Ca claque, ça cuit. Un transistor posé sur une pierre joue une musique désertique. Nous écoutons, tous attentif. Il y a de la fatigue dans les yeux. Il y a la faim dans les ventres. Le soleil nous épuise. Arjoun Ji, étendu sur le sol, se repose, le crâne frapper au burin après sa journée à frapper la pierre.

 

L'été au bord du lac. Le vent charrie les nuages et fait valser le sable. Pas de pluie. Juste l'ombre d'un nuage. A l'ombre du nuage, les marteaux tapes et la ronde des hommes forts se déploient autour des fondations. Eclipse, à l'ombre d'un kajori, mâche et régurgite. Fota, à l'ombre, dans la Juperie, joue aux cartes avec lui-même.

 

Le mur, à hauteur de mon torse. Les fenêtres commencent à apparaître. L'échafaudage est en place. Le ciel est moins haut. Un soleil rond se découpe sur l'horizon. Les pierres se teintent d'une couleur sable. Le vent souffle. Le vent souffle à nous faire plier. Le sable, dans les cheveux, dans les oreilles, dans les yeux. Le sable, partout, vole et se colle à nous.

 

Une allumette craque. Les premiers Beedies du jour se fument. Le Tanka est terminé et rempli de 4 citernes d'eau de Besaki. Un seau, un baquet, les hommes prennent leur douche. Chagan, en Lungi, oint ses cheveux d'huile. Le rituel de l'onguent, une coquetterie générale. Le Chaï est bu. On abandonne les tasses. Au hasard d'une pierre, d'un rocher, d'un buisson, les tasses gisent et s'accrochent au décor comme des natures mortes perdues sur une toile d'huile.

 

Pas de répit. Nous autres naufragés, sur ce bout de terre, sur ce bord de lac qui me fait penser à la mer, nous agissons sans hâte, avec précision, pousser par les éléments, pressés par le temps et la mousson. Seul l'instinct nous guide. Un instinct différent de la survie. Un instinct d'envie. Un instinct de progression. L'envie de voir et d'avancer. D'avancer et puis de voir. Une pierre de plus. Un pas de plus. Vers la liberté. Le cap est fixé. Nous voguons, en rythme, vers cette terre de liberté.

 

Et puis il y a le soleil, et il y a le silence. Lorsque je marche sur le chantier, une pierre fixée sur chaque épaule, je sens le soleil brûler ma peau. Et le silence, ce silence, il est partout. Il est en moi et en dehors. Il est autour de moi. Partout et nul part à la fois. Le silence aussi puissant qu'un soleil qui me chauffe et me brûle et me donne une couleur de vinyle.

 

Et puis il y a tout ce qui s'accroche au silence. De petits bruits. Des sons qui accompagnent le silence. L'espace grandit. Des sons amplifiés par l'absence d'obstacles. Une brindille crépite sur la vivacité du feu. Le buisson chuchote sous l'impulsion d'un air. On entend le battement d'ailes des oiseaux dans le ciel plein. Le ciel, une couleur. Les pas s'accrochent à la terre et j'entends la terre qui s'accroche à mon pas. J'avance, une pierre fixée sur chaque épaule. Le poids amène la douleur. La pierre, les angles assassins, meurtrie ma peau. Je lutte. Je progresse.

 

Je regagne la Juperie pour préparer le Chaï. J'imite chacun des gestes de Foola. Les cendres mortes que je repousse. Les herbes sèchent que je pose au centre des trois pierres. Une bouse sèche que j'effrite. Les fragments répandus, j'y ajoute quelques brindilles. L'allumette craque. Le vent la souffle. Une autre allumette craque et s'éteint derechef. Le vent se joue de moi. J'enrage. Même si les autres ne me voit pas, j'ai honte. Cela semble si facile dans les gestes de Foola. Toute la boîte y passe. Il me faut l'aide d'un briquet pour parvenir à allumer un feu. Dans la Bagoli, je verse un fond d'eau. J'attends l'ébullition. Puis je verse le lait avec la même quantité. Quatre poignées de sucre et deux de thé. La cardamome que je j'écrase. Le feu vif. Le mélange prend. Le lait monte. La couleur change. Je prends une louche, le geste ample, je fais respirer le Chaï. Je goûte. C'est prêt. Je transvase la contenance de la casserole dans la théière. Les tasses que je récolte au hasard et que je rince. Je regagne le chantier en ayant préparer le Chaï.

 

La simplicité, partout. L'horizon, habité. Au milieu du lac, un îlot se forme. Un berger mène ses moutons en pâture. Les cris du berger viennent rompre le silence pour un temps, pour un temps seulement. Le berger, homme simple, une bouteille en bandoulière, un baluchon, un long bâton, des nuits de veille, les traits tirés, la peau tannée, l'amour de son troupeau, la marche, la longue marche, la solitude, la grande et pure solitude. Les cris d'amour du guide, dans le désert, ne trouvent aucun écho.

 

L'été, la nuit, au bord du lac. La pierre morcelée gît sur un monceau de gravats. La lune, presque pleine, éclaire les étoiles moins nombreuses qu'hier, et pourtant. J'éprouve, pendant un moment, la certitude d'exister. Mon regard se perd, au loin, dans l'horizon habité. Le lac à défaut d'être plein, est calme. Au bout, des points de lumière habitent l'horizon. Des lumières comme des navires. Des navires, des paquebots, en ligne, qui auraient jetés l'encre dans les eaux inerte de ce ciel sans fond. A la dérive, je rêve.

 

Je rêve que je porte le monde sur mes épaule. Un monde léger, les angles doux. Ma peau bistrée. Les mers en cascades rigolent sur mon corps. Fraîcheur. J'avance, dans la nuit profonde. Je n'ai pas peur. Les cris d'un berger guide mon pas. Les cris d'un berger rythme l'allure de mon pas. Il n'y a pas de lune, il n'y a pas de soleil. Les lumières d'une ville, au niveau de mes yeux, éclairent dans un rayon, le chemin que je suis. Une ville de lumière. C'est Paris qui m'éclaire. Je porte le monde et Paris est ma lanterne. En projection, sur le sable, les immeuble se dessinent. Des immeubles pas bien grands. Des jardins, des fontaines, des cours et des arcades. Il y a des cafés dans des tasses posés sur des tables en terrasse. Il y a des hommes et le sourire d'une fille. Ce n'est pas la ville qui m'éclaire, c'est le sourire de cette fille. Le rire clair, le rire plein, la gaieté réconfortante, la force du caractère. D'un désert à un autre, en une pensée, en une fraction, dans cette ville qui éclaire mon pas, près de mes yeux, plus près encore, dans mon coeur sans aucun doute, il y a une Dune. Elle n'est pas de sable, elle n'est pas terre, ni de roche, ni de pierre, elle était une fille quand je l'ai quitté, elle va devenir mère. Il me tarde de la retrouver.

 

Un nouveau matin. Un matin blanc. Il n'y a pas de neige, juste un brouillard de poussière. Le soleil est pâle. L'horizon plus proche qu'hier, et pourtant. Une allumette craque, le premier Beedie se fume. Une allumette craque, Foola, premier essai, un succès. Il me reste tant de choses à apprendre.
Par Plume-plume
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Dimanche 25 mai 2008
Par Plume-plume
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Lundi 12 mai 2008

Mon domaine, mon histoire. Une histoire à 45°. La chaleur, violente. Le vent nous pousse et nous repousse. Jour et nuit, le vent nous pousse et nous repousse. Un vent chaud et puissant. Rien pour l'arrêter. Rien pour le soustraire à nos efforts. Il est là. Il pourrait nous rendre fou. Comme une lutte, nous le prenons à bras le corps. Il faut danser avec lui, alors nous dansons ensemble.

 

J'enroule un long tissu autour de ma tête. J'en fais un turban. Ma protection contre le soleil puissant. Une puissance à 45°. L'ombre de la Juperie est un soulagement qui ne dure qu'un temps. Les buissons, sur le toit, ne sont pas assez touffus pour stopper les rafales qui s'immiscent à l'intérieur. Le vent est chaud. Un vent parfois bouillant. Je transpire. Je comprends désormais la nécessité de l'eau. De tous mes pores, l'eau déborde. Cette eau qui s'en va, la précieuse eau qui nous quitte, si vite. Boire et transpirer sont mes activités les plus régulières.

 

Eclipse est harnaché. Sur le Gada, un réservoir vide. Deux fois par jour, Jugeta parcours les 3 kilomètres jusqu'à Besaki. Il va remplir le réservoir afin que nous puissions tous boire et transpirer. Tranquillement. Il m'arrive de penser à un Pepsi bien frais. Un réfrigérateur. Une glace à l'eau et à l'orange de chez Joshi's ou simplement une bouteille d'eau fraîche. Des pensées froides qui m'aide à sortir de l'ombre.

 

Avec mon turban, je ressemble à un Sikh. Au loin, je les vois travailler. Ils s'affairent à la construction du Tanka. Un réservoir comme une petite piscine où l'eau coulera à flot. Une piscine, une simple douche, autres pensées froides. Il y a Sagan, Mistri tailleur de pierre. Le marteau tombe et claque sur la pierre d'or qui craque, se fissure et se casse. La cassure est nette. L'arrête est tranchante. Le bloc est carré. Une pierre de plus à l'édifice. Il y a Toulssa, Mistri plâtrier. La cinquantaine et l'expérience d'un vieux brisquard. Un commandant mais aussi un expert en sa matière. Les ordres tombent à l'allure du marteau qui frappe. Un enchaînement parfait. Hirou rempli les Tagaris de Masala. Fota les récupère et les mènent, sur une épaule jusqu'au Mistri qui d'un geste calculé, laisse s'échapper la truelle. Le mélange se colle à la paroi. On lisse, on étale, on mouille. On balance, on étale, on lisse.

 

Le Tanka est profond. Il peut contenir 4 citernes remplie d'eau. Le ciment transpire lui aussi. Chaque matin, il faut l'arroser. Chaque soir, il faut recommencer.

 

Les abeilles. Des centaines d'abeilles. Des piqûres. Même les abeilles cherchent à s'abreuver et l'expérience est pénible, car l'eau est rare. La moindre goutte les attire. A partir de 9H00, elles apparaissent. Elles volent vers les liquides. Elles savent. La Matki garde l'eau au frais. Une jarre en terre cuite qui refroidie sa contenance au contact du vent. Les abeilles tournent autour, elles attendent, impatientes et furieuses, qu'un assoiffé vienne retirer la chape pour l'attaquer et boire.

 

Les jours s'enchaînent. Mes hommes travaillent dur. Mes hommes se lèvent tôt. Ils débutent la journée par un Chaï. Sous un arbre, la cuisine. Quelques branches mortes, quelques bouses récoltées de la veille. La combustion est rapide. Le lait boue. Le thé se mélange. En été, on y ajoute de la cardamome. Le sucre est dispersé en bonne quantité. Le breuvage de l'Inde. Il réveille, il apaise, il fraternise. Masala Chaï, source indienne de vitalité. On range les matelas. On nettoye la Juperie. Un morceau de Chapati, un ou deux Parle-Ji. Une longue journée de labeur. Paolas et Tagaris, pelles et pioches, truelles, Miti, Feeta, Bageri, les pierres que l'on taille, la terre que l'on creuse, l'eau que l'on boit, l'eau qui s'échappe. Transpiration.

 

11H00 et 45°. D'heure en heure, de jour en jour, la température monte. Quelques degrés de plus et je pisserai de la vapeur. C'est ce que je me dis. Sur la moto qui mène en ville, je regarde le paysage. Une nature désolé qui appelle à la pluie. Les hommes ont déserté. Le trafic est nul. Jaisalmer n'est pas si loin et pourtant, à chaque fois, l'atteindre est un but qu'il ne faut pas perdre. Le soleil, à son acmé. Une panne et c'est notre peau qu'il faut sauver. Le vent nous pousse et nous repousse. La moto lutte. Pas moyen de danser, il faut avancer, coûte que coûte, il faut avancer. Nous mangeons les kilomètres. Bhura conduit. Il me parle, mais les mots se perdent, emportés par le vent. Des mots, déjà si loin derrière nous.

 

Le fort, la citadelle. Jaisalmer, comme un mirage, apparaît dans l'horizon. La saison touristique est terminée. Il n'y a guère de Gora dans les rues. Certains magasins ont baissé leurs rideaux. Nous entrons par Gandhi Chowk. La porte, grande ouverte. Le marché, au ralentit. Sur les étales, les mangues sont en quantité. Bhura me dépose à l'entrée du Bathia Market. Je remonte la rue et m'arrête quelques boutiques plus loin, dans l'échoppe de Dr Natti. Un Coca-cola bien frais. Un bonheur que je bois goulûment pour transpirer des bulles, peut-être.

 

Dans la ferme, il n'y a pas d'électricité. A Gopa Chowk, il y a une échoppe où l'on vend des lampe à gaz. J'en achète une, avec les rechanges qui vont avec. Un peu de lumière, pour le soir. Les soirs bien noires par les nuits sans lune. La lumière, nécessaire en cette saison, car des jours à 45° apportent des nuits pleines de danger. Nous dormons sur la Hotia pour plus de sécurité. Le danger rôde autour de nous. Les serpents profitent de la fraîcheur nocturne pour sortir et chasser. Les scorpions profitent de la nuit où ils sont invisibles pour sortir de dessous les rochers. Une lanterne pour nous guider tel un phare dans la nuit, pour ne point chuter, pour ne point sombrer dans cet océan sans eau, cette mer de sable aux récifs saillant.

 

J'ai quitter mon hôtel. Check out. A Dharti Dani, je check in. Quelques affaires, trois fois rien. L'ordinateur pour écrire. Le minimum est requis pour laisser un peu d'espace dans la hutte. Sept corps d'hommes, ça prend de la place. Ces hommes, qui ont quitté la terre pour venir s'échouer sur cette île, pour travailler, pour gagner des Paisas, mais aussi pour prendre part à un rêve. Une idée folle. Construire un village, ensemble.

 

Sur île. Je suis allongé, près à dormir. Sur la Hotia, je fume une cigarette. Le temps est clément, le vent à cesser. L'apaisement. L'accalmie. Je me perds dans le ciel sans lune. Les étoiles, nombreuses. Les étoiles par millier. Je regarde le ciel et je pense à l'abandon. Je suis un naufragé. Echoué sur cette île. Sept compagnons de fortune. Sept hommes épuisés par l'effort, le soleil et la nuit. Je les écoute parler entre eux. Ils ont tant de choses à raconter. Le crépuscule les rend bavard. Je ne cherche pas à comprendre. Je me laisse bercer par les murmures. Il y a des rires. Il y des mots qui s'enchaînent et des bruits qui s'échappent. Il y a des monologues; de longues tirades, une seule voix et les autres qui écoutent. Il y a le vent qui recommence à souffler, et sur mon île, j'entends la mer. Il y  Bonnie et Eclipse qui nous garde, nous protège. Il y a Fota qui dort. Un sommeil profond. Le ronflement d'un sage. Petit à petit, les voix s'éteignent. Les voix baissent, les silences plus réguliers. Le grand silence s'installe. Le vent, la nuit, nous guérit des blessures du jour à 45°. Il n'y a plus de voix, il n'y a qu'un silence. Mes hommes dorment. Dans le sommeil, le language est semblable. La traduction est inutile. Je les comprends si bien quand ils dorment, mes hommes. Je vais dormir, moi aussi. j'attendrai le jour pour me lever. Un jour de chaleur à n'en point douter. 45° et la mer à boire, et la mer à transpirer.

Par Plume-plume
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