Chapatti's résumé.

I am a boy as light as a feather so i can travel.
I have a quill to write and camera to photograph
just what comes into my head.

Bloggopotes

Lundi 8 septembre 2008

Eclipse est mort. La mer hurle. Bhura m'a appelé pour me le dire. Il est mort dans la nuit, vers 2 heures du matin. Seul.

Il n'a pas cesser de pleuvoir. Ce matin il pleut encore, et la mer hurle, et je reste sourd, et je reste coi face aux hurlements de la mer. J'aurai envie de hurler moi aussi, et plus fort encore. A en perdre la voix, je pourrai hurler. Je ne dis mot. Je reste muet, pas un son ne sort. La mer hurle, ma voix n'y changera rien, Eclipse est mort, rien ne le ramenera à la vie, et mon chagrin, dans les vagues hautes, se perd, emporter au loin, dans les embruns, dans le ressac de la mer et son vacarme, et son existence, et ma contemplation de son existence. Je regarde la mer avec insistance. Je la regarde me défier. Je la regarderai infiniment me défier, cette mer qui me ramène à la raison et au bonheur d'être vivant et d'aimer et de pouvoir aimer les morts comme on aime les vivants, pour les rendre à la mort, et seulement à la mort, libres et aimés.

La mer hurle et frappe sa colère sur les rochers. Le son des vagues. Elles se jettent sur le sable, l'avale et le recrache. Les vagues jamais rassasiées. Les vagues, le vent, les vagues, le Dies Irae d'un Requiem. Le Requiem de Mozart, oui ce Requiem là. Et puis la mer est grise. La mer, elle a des reflets noirs. Il pleut sur la mer. La pluie tombe et se noie. La pluie, elle remplit les mers et les océans. La pluie tombe, la mer hurle.

Je lis L'Eté 80. Je lis L'été 80 sur une plage de Palolem. Autour de moi, comme dans le livre, il y a la plage. Et puis, il y a la mer. Je suis frappé par la ressemblance qu'il y a entre les événements de cet été, en 1980, et le mien. Les violences du monde, les Jeux Olympiques, la Russie, la chaleur, la mer. Toujours la mer. Marguerite Duras qui raconte la mer.

Aujourd'hui la mer est calme. La mer s'est tue. Aujourd'hui, je te porte à l'arrière d'un scooter. Nous roulons sur les routes qui longent la côte. Nous traversons des villages de pêcheurs. Il y a les rizières qui s'étirent et miroitent. Dans leurs eaux, le ciel tout d'un coup si bas. Tu prends des photos. Je sais qu'elles seront floues, je sais aussi que tu aimes ces paysages, et ses rizières, et la jungle et la mer et moi. Sur le bac, Duras est là, dans tes pensées. Le bac démarre.

Que ce soit sur une mer ou une rivière, prendre le bateau, c'est toujours une fête. Je regrette le temps des croisières. Le temps d'aller où l'on veut, par monts et par veaux, par mers et par bateaux. Je regrette ce temps comme si je l'avais vécu. Sans doute l'ai-je souvent lu. J'aimerai assez l'écrire ce temps là, ce temps perdu.

Tu te déshabilles pour aller te baigner. Tu es nu. Tu cours jusqu'à la mer. Tu te jettes dans elle. Tu disparaît dans la vague. Ton corps, fragile. Ton corps jusqu'à la taille, la mer t'habille de sa robe à jalons gris. Je te regarde. Je suis surpris. Tu l'as fait pour me surprendre et je te trouve encore surprenant. Alors je te souris. Tu comprends.

Tu roules une cigarette, mais ce n'est pas facile de rouler avec les doigts mouillés. Je te regarde encore. Je te regarde fumer ce que tu as, crois-tu, bien rouler. Tu m'amuses. La mer, derrière toi, joue les figurantes. Et tu es l'acteur-premier, celui qui m'amuse, celui qui me fait rire, celui qui bande quand je souris.

Nous roulons encore. La pluie ne va pas tarder maintenant. Au loin, par delà les collines, les nuages sont gros. Les nuages se chargent, les nuages déchargent leurs éclairs sur la mer d'abord pour ensuite venir à nous. Elle me fait peur la foudre. Je crois toujours qu'elle est à mes trousses. Elle me cherche, alors je me cache. Alors elle gronde, je reste silencieux, je m'invente un pays où je ne serai plus seul à me cacher d'elle. Un monde où il y aurait des hommes qui marchent dans les plaines pelées, prêts à se sacrifier, prêt à recevoir toute cette lumière qui m'est destinée. Des hommes martyrs, qui par bonté, me sauveraient de l'orage. L'orage passe, un homme est couché parmi les herbes hautes. C'était un berger. Autour de son corps, des chèvres paissent. Elles ne se soucient pas du berger. Elles croient qu'il dort. Il dort si souvent ce berger que si elles avaient dû se soucier de son sort à chaque transhumance, elles n'auraient alors, que la peau sur les os. Alors les chèvres se nourrissent des herbes hautes, des herbes folles. Elles ruminent insouciantes mais repues. Le maître est allongé. Tranquille, il dort. Mon martyr. De l'orage, je suis sain, je suis sauf.

Les dés sont jetés. Par trois fois les dés sont jetés. Les dés ricochent sur le bois de la table. Les combinaisons s'enchaînent. Le hasard se joue de nous. Le score est faible. On raye les cases. On recommence. La pluie est devenue le rideau permanent du restaurant où nous avons trouvé refuge. La pluie comme un prétexte suffisant à ne rien faire. Ne rien faire d'autre que manger. Et l'on joue entre deux bouchés d'un Lemon Honey Pancake. Et l'on relance la partie entre deux gorgées d'un café Expresso.

Tu as cinq dés de même valeur. Je suis un peu jaloux. Ce n'est pas de ta faute. C'est d'ailleurs la faute à personne. Mais je t'en veux. Je t'en veux de vouloir me faire perdre. Je n'aime pas perdre. Il me faudrait deux Bonus pour te rattraper. La victoire à deux Bonus. J'essaie encore d'y croire. C'est mal barrer. Je me venge sur la Suite que j'obtiens en un jet, la suite que tu peine à accomplir. Cela ne me relance pas, mais ça soulage.

Dans la chambre, j'ai branché les enceintes à mon Ipod. Quand on ouvre la porte, on l'ouvre sur la mer. Même la porte fermée, la mer est là, à nous attendre. La mer patiente. Je passe un air d'une chanson de film. Un film indien. Le gardien du lotissement est attiré par l'air. Il chante. Il aime cette chanson. Il me demande de la rejouer. C'est aussi ma chanson préférée. L'air reprend. Toi aussi, tu y prends goût. Nous chantons de concert. Le coeur que nous formons, abîme les paroles, mais qu'importe les voix quand la joie nous emporte. "Japan Love in Tokyo"

La mer, nous te quittons. Nous t'aurons usé de nos yeux. La mer, combien de regards t'auront parcouru, combien de soleil tu auras mouillé au couchant, la mer, précieuse et belle. Le sac, sur notre dos, bien rempli. La force de levé le camps. L'énergie de reprendre la route. Il en faut de cette force pour vaincre la fatigue de l'itinérant. De ville en ville; j'aimerai tant dire "de port en port" comme ses marins qui oublient la terre lorsqu'ils ont un pieds en mer. Je ne suis pas marin, pas encore.

Il est tard le soir, le Bus Stand est au croisement de deux rues. La ville décimée de ses gens. Seuls, quelques retardataires font un dernier arrêt au stand du Pan-Wallah. Nos sacs à terre pour nous soulager dans l'attente. Des hordes de chiens font la loi. La justice, c'est de protéger son territoire. Toute la nuit, un périmètre à garder. Il faut aboyer. Il faut se battre. Il faut avancer, rogner quelques feet, reculer, défendre, se défendre de l'envahisseur. Nous regardons cette société de la nuit agir sous nos yeux. Nous regardons les faibles chiens plier sous la loi des plus forts. Les plus forts étant les plus robustes. Les plus robustes étant les gardiens du Bus Stand. Nos gardiens.

Les bus se suivent, ils passent sans jamais s'arrêter. Jusqu'au nôtre, qui passe pour nous prendre.

Avaler par le bus, nous roulons, et nous roulons encore. La nuit, en complet noir. La lune se dévoile par intermittence. La mer, de plus en plus loin. La mer, paresseuse. La mer, dans mon souvenir, la mer, dans mes yeux, la mer, dans mon coeur, la mer hurle.


Par Adagio - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus