Chapatti's résumé.

I am a boy as light as a feather so i can travel.
I have a quill to write and camera to photograph
just what comes into my head.

Bloggopotes

Lundi 20 octobre 2008

Une dernière page. Une page d'amour. J'écris que le soleil rose Rise dans le ciel. J'écris. La terre est rouge et deviens ocre, et deviens or. Une nuit de répit. Une nuit douce. Sans vent. Sans risque. Sans bruit. Au lever, un troupeau de vaches envahit le champs. Elles passent, elles paissent ce qui reste de la récolte morte cette saison. J'écris que la terre penche pour laisser apparaître le soleil rose. Le lac, aux aurores, s'est remplit de brume. 

 

J'entends les oiseaux. J'entends l'eau que l'on puise dans le Tanka. J'entends le vent se lever, les feuillages frissonner et les jours qui passent.

Et les jours qui passent. Le silence du matin, et celui de la journée, du soir et de la nuit. Le Kalla Chaï brûlant. Cardamome et poivre noire. Le feu, une allumette suffit. Je l'allume,  je souris. Je monte sur le toit. L'air est encore frais de la nuit. Le matin est beau. Le matin est d'une beauté insolante. Et chaque matin est d'une beauté égale au matin précédent. Ce matin là pourtant, sur le toit de la maison, la beauté est supérieure, la beauté est surprenante; elle me prend comme pour la première fois. Elle m'arrache à la réalité. Elle me fait rêver. Assis sur le toit, fumant la première cigarette du jour, je contemple la supériorité de cette beauté là. Je la contemple et la mesure, et je me dis à l'intérieur de moi, que nous avons réussit, et je souris.

 

La chaleur monte doucement. La mousson change. Les nuits deviennent fraîches de nuit en nuit. L'hiver s'installe par la nuit. L'été résiste. Le jour, il résiste, et la chaleur monte doucement et nous suivons l'inclinaison des ombres. Sur la chaume du toit de la Juperie, je vois les oiseaux. Ils ne tarderont pas à y installer leurs nids. Les saisons se répètent comme les airs d'une cantate. Toujours différemment chantées et pourtant toujours justes. Parfois le vent est un instrument. Parfois les hommes chantent. Bhura chante. Dans sa voix j'entends toute la souffrance du monde. Dans sa voix j'entends l'amour d'un homme simple quand l'amour n'est jamais simple. J'entends racler la Paola sur le sol et j'entends le sol se déverser dans le Tagari. Je vois cet homme tombé d'amour, le regard posé, le regard glisser. Je vois cette femme, son regard esquissé, le sourire maintenant posé sur des lèvres rieuses. Je voix tout ça dans la voix de Bhura. Et Bhura chante, et Lilu chante et les hommes chantent. Un chant d'amour car ici l'amour se chante.

 

Ce soir, la lune est rousse. Les étoiles, je crois, n'ont jamais été aussi nombreuses. Toutes, elles semblent briller comme un soleil lointain. La nuit est noire sans doute, mais la nuit est passagère. Il y a du feu dans le ciel de la nuit, du feu dans le foyer de la rasoi, du feu dans les yeux. Le feu est partout. Il me brûle. Il me prend comme un seul homme. Il me tiraille, il me blesse. Il voudrait me faire plier mais je reste droit. Je ne plie pas. Mes yeux pleurent. Les larmes tombent mais le corps reste droit. Plus droit qu'il ne l'a jamais été. Ce soir, je suis l'homme droit. Ce soir je suis indien pour la première fois et sans doute le serai-je pour le restant de mes jours. Ce soir, la lune est rousse.

 

Dans les yeux, les larmes. Le corps congestionner de douleur. Sur les peaux cuivres les larmes tombent. Sur les joues claires les larmes coulent. Dans le silence, nous pleurons ensemble. Nous pleurons de nous être aimés si fort, si bien. Et quand les regards se tiennent, aux travers des visages déformés du chagrin, nous voyons en l'autre ce que l'autre a mis en nous. Et nos yeux pleurent et le coeur se tend, et l'homme est là. Il est grand. Sa force, incommensurable, me donne et l'espoir et l'envie de vivre. Longtemps. Et je souris. Je souris des yeux, je souris du coeur, de tout mon être je souris. Et enfin, je souris de me voir rire à coeur joie.

 

 

 

 

Je me trouve dans le Delhi-express. La voiture dans laquelle je suis est presque vide. Les vitres sont grandes ouvertes. L'air qui s'engouffre dans le compartiment est chaud et mêlé de sable et de poussière. Les ventilateurs ne nous aident pas en brassant l'air déjà chaud dans le compartiment brûlant, pourtant il tourne et nous le laissons tourner. Sur la banquette, en face de la mienne, est assise une jeune américaine. Nous roulons depuis une heure et la jeune américaine n'a pas ôté ses lunettes de soleil même lorsqu'elle écrivait sur son carnet, même lorsque la lumière est devenue supportable. Je la regarde regarder le paysage. Elle porte une chemise en lin à manche longue et un pantalon-pyjama bouffant qui lui tombe aux chevilles. Il y a un peu d'indien dans la tenue. Elle a sûrement acheté ses vêtements en arrivant à Delhi ou dans une des villes qu'elle a traversé. Plus je la regarde et plus je la trouve belle et tellement américaine.

 

Nous entrons dans une gare. Le train ralentit. La voix d'un vendeur de chaï me parvient puis s'amoindrit à mesure que le train avance. Les voix des voyageurs sont prêtes à nous rejoindre. Les bagages que l'on pousse et que l'on traîne. Les enfants-cireurs et les enfants-répareurs. J'entends les bruits du train, j'entends les freins, les portes que l'on ouvre, les fenêtres que l'on baisse, j'entends la gare et son vacarme de gare. J'entends tout cela lorsque la jeune américaine se tourne vers moi et, ôtant ses lunettes, me demande, where are you from? Je lui répond que je suis français. Where in France? Je suis de Paris. Oh cool, I've been in Paris one time, but only for one day. C'est un peu court pour Paris, et vous, d'où êtes vous? America, Mississipi You know Mississipi? Oui je vois où ça se trouve.

 

Des voyageurs font irruption dans le compartiment. Un homme âgé me fait signe qu'il occupe la banquette du bas, de mon côté. Un autre homme, d'une quarantaine d'années, s'affaire à ranger sa valise sous la banquette de la jeune américaine. Le train sonne une première fois. La jeune américaine est occupée à éviter le regards des nouveaux arrivants. La tête tournée vers la fenêtre, les yeux absents, ailleurs, les cheveux remontés et attachés sur le haut de sa nuque pour découvrir tout son visage. Puis le train sonne une seconde fois et redémarre. Les hommes sont assis, l'homme âgé à mes côtés, l'autre à la droite de la jeune américaine.

 

Comment était Jaisalmer? Elle se retourne vers moi, elle sourit. Oh, Jaisalmer was so great. I like this city. And the people were so nice. It was great. Well I've been traveling in others cities; Delhi, Agra, Pushkar, Udaipur, and everywhere i've been the people was always looking at me, you know, i am walking in the street and i can feel ten or twenty people looking on me, or sometime i am just sitting in one place and someone is sitting in front of me and staring at me, like that... for hours! It's so weird you know. But in Jaisalmer, the people were so nice, nobody was looking at me, I could walk in the street and nobody looked at me... It was really nice. And the city is beautiful, and i've been in the desert for "the camel safari thing" you know... It was fantastic. The ride on the camel, the food and we slept on the floor, whoaw, the stars in the night, i never see so much stars in my life. And in the morning the camel drivers come to wake you up with a cup of Chaï, oh, it was so sweet. Well i stayed only two days and one night but it was really nice.

And you how long you stayed in Jaisalmer?

Je suis resté un an. One year! One-year? Oui, un an. Whoaw. Great. But what have you been doing for one year in Jaisalmer? J'ai réalisé un rêve. You realized your dream!? Whoaw, that's so great, I can't believe it, what kind of dream? J'ai acheté un terrain dans le désert. J'y ai construit une maison, j'en ai fait une ferme et j'y ai bâti de petites maisons dans la tradition des villages alentours afin d’y accueillir les voyageurs. Et j'ai construit ce rêve avec mes frères de Jaisalmer. That's awesome! That's great! Whoaw! And now you're leaving... That's sad. Oui c'est triste. Mais je suis heureux.

When will you come back?

Je fais un signe de négation de la tête.

You’re not gonna come back!? Never!?

Le même signe de tête.

That's... That's so mysterious. But it's great! Whoaw!

 

Son regard est attaché au mien. Elle ne semble pas s'en apercevoir. Le paysage, dans les fenêtres, est un décors filant.

 

Don't you feel curious? I mean, will you not feel curious to know what happen there?

Si, bien sur que je suis curieux, et je le serai de plus en plus, mais c'est ainsi. J'ai réalisé mon rêve. Maintenant ce rêve doit se poursuivre parmi les gens qui l'ont rêvé avec moi. Car maintenant ce rêve, c'est le leur.

 

Le train file à grande allure. Je me lève et me dirige vers le fond du wagon. Sur la plate forme d'inter-voiture, les portes sont grandes ouvertes. L'air est plus respirable. Moins poussiéreux. Un peu plus frais. Dans mon paquet de tabac, je prends le join que j'avais préparé avant le départ. Je l'allume et je fume. La plaine est vaste sous mes yeux. Je la regarde s'étirer. Au bout, il y a un soleil. Ce soleil là est d'une rondeur parfaite. Il a la couleur d'un désert chaud, à la fois terre, à la fois feu. Le ciel, ne semble être ciel que pour souligner la beauté de ce soleil là. Dans mes oreilles, une musique se joue. C'est Lakmé, l'opéra de Léo de Libes. Alors que l'air des clochettes se joue pour moi seul, fumant un join à la porte d'un train, je vois ce soleil courir sur l'horizon, courir comme le font les gens restant dans les gares, courir jusqu'au bout du quai, jusqu'à ne plus se voir, pour un dernier au-revoir.


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Commentaires

comme je suis heureuse que tu es permis cette intrusion dans ta vie, dans tous ces moments si intimes, parfois heureux et paisibles et parfois aussi si douloureux.

Qui a t il de plus merveilleux que d'être un bâtisseur, CONSTRUIRE, c'est un mot plein d'espoir, tu as construis ta maison, ta place au soleil, au paradis, tavie et d'autres se construiront eux aussi des moments de vie ds cette plume d'aile d'ange.

Ravie d'avoir fait ta " connaissance ", je me suis nourrie de chaque mot j'aurais aimé connaître cette page de ta vie avant je me serais arrêtée ds ton havre de paix pdt mon séjour vue que j'ai foulée les terres indiennes juste à vla fin de sa construction apparemment.

Il y a des êtres touchés par la grâce tu en fais partie. MERCI MERCI MERCI de l'avoir transmise

Commentaire n°1 posté par laurie le 23/11/2008 à 01h39

et puis, je suis sûre que tu te dis que peut-être qui sait la vie n'a pas fini de te réserver des surprises et te ramènera sur les chemins déjà arpentés, mais que tu y reviendras pour accomplir de nouvelles choses qui ne seront plus celles qui t'ont emmenées jusqu'ici.

Cours, petit chevalier des étoiles, cours, et accompli tout tes rêves avec tes frères pour te permettre de rêver à nouveau, la vie est si longue et riche et à la fois si brève et abrupte....

Commentaire n°2 posté par LAURIE le 22/11/2008 à 20h09

ta manière d'avoir condensé une si belle année riche en expérience intérieure me laisse admirative car pour une journée en Inde, un roman ne suffit pas.

Je ne crois pas que se soit si mystérieux que ça ta décision, je pense que tu es juste un aventurier comme les Christophe Colomb d'autrefois qui ne termine un chapitre que pour en écrire un autre, toujours à la découverte du monde et d'eux-même.

Commentaire n°3 posté par LAURIE le 22/11/2008 à 20h04
je reviens juste d'Inde, ma première fois (même si j'en aurais encore des milliers à vivre des premières fois en Inde).... Je n'y suis restée que un mois ( ou plutôt j'ai eu la chance de pouvoir déjà y séjourner un mois) et malgré tout je comprends chaque mot à ma façon de ta dernière lettre d'amour pour Jaisalmer, cette année de concrétisation d'un de tes rêves.
Commentaire n°4 posté par laurie le 22/11/2008 à 19h59

I am not sure of having definitely understood: you will not ever go back to Jaisalmer? If it is so, it means that you close a chapter of the book of your life and it means that you are going to begin other one, different but which will bring you another happiness?

It is mysterious, but we do not have more than to wait to see himself so that you explain us....

Loads of kisses and in very soon

Tante Arielle

Commentaire n°5 posté par Tante Arielle le 27/10/2008 à 20h27
hye broth'!

I'm not sure to understand which you explain in your last post...what does it means...? Or maybe i understand, and it scares me..." that's...that's so mysterious...?!" I am so proud to be your sister, that's a beautiful story, your story! but come quickly at my home to speack...

bisous bisous
Commentaire n°6 posté par princess le 23/10/2008 à 13h21
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